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dimanche 22 janvier 2012

Mont Ventoux


Trois voies sont réalisables. Sault, la plus longue et la plus facile par l’Est. Malaucène, la plus courte au dénivelé inégal par le Nord et Bédoin, la plus difficile par le Sud. C’est cette dernière que je tente. Quitte à faire le Ventoux autant prendre celle-là. Si je ne le fais qu’une fois dans ma vie j’aurais pris la voie royale. D’autant que comme le dit le proverbe : « Si plusieurs chemins s’offrent à toi choisit le plus difficile, c’est celui où il y a le moins de monde ». Le dénivelé est en moyenne de 7% avec des passages à plus de 10%. Sachant que ma limite haute est de 6%, à priori, je ne vais pas pouvoir faire grand-chose. Ce qui me motive d’autant plus. L’année dernière Luc (le grand champion de la discipline en France) a poussé jusqu’au sommet en moins de 2 heures, Sébastien et Carole (d'autres champions) sous la barre des 3h.Mieux que la plupart des cyclistes qui tentent l’aventure.  Mais ce sont les meilleurs trotteurs français. Conclusion : Et d’une c’est faisable en trot, et de deux, jaloux comme je suis, pas question de leur laisser l’exclusivité d’avoir accroché le Ventoux à leur tableau de chasse. Quitte à marcher ou à courir les ¾ de la montée, je vais me le faire. Et comme je suis joueur, je choisis la pire période de l’année quant aux conditions: Fin Janvier ! Comme ça je vais justifier mon temps minable…Et puis il me nargue depuis pas mal d’années. Je le vois de toute sa masse chaque fois que je prends l’autoroute, j’ai dû annuler trois fois son ascension au dernier moment pour des problèmes de météo  et de disponibilité. Là il fait beau, j’ai la dispo, bref comme on dit dans l’aérospatiale, il y a une fenêtre de tir. Ne la ratons pas.

Si je fais du 5Km/h de moyenne (que je marche, courre ou pousse) je devrais mettre dans les 4h. La moitié d’un Millau, fastoche non ? Reste des paramètres inconnus : L’altitude, on monte à 1900m !, le vent, (on passe le col des tempêtes) il peut-être infernal (record au sommet en 1967 : 320Km/h) et le froid. Ce dernier je sais le gérer. Pour le reste on verra, je m’adapterai. La route aussi. A priori elle serait fermée l’hiver à partir du Chalet Reynard, soit 6 Km avant le sommet. Je verrai si je peux passer sinon ça me donnera une bonne raison pour abandonner avant la fin.

Le parcours : De Bédoin (Alt 350m)  jusqu’à St Estèphe (Alt 540m) 5Km de pente douce, histoire de se mettre en jambe. Là on attaque 10Km jusqu’au Chalet Reynard (Alt 1400m), soit 1000m de dénivelé, le calcul est simple : 10%. Il va donc y avoir 10 Km d’enfer. Du Chalet au sommet, 6Km où l’on prend 500m de dénivelé. Le final est presque une ballade vu ce que l’on a passé…

Cette introduction a été écrite quelques jours avant l’affrontement (car s’en est un). Maintenant place au jour J :

            Evidemment ça ne s’est pas exactement passé comme je le pensais…
                La montée

Dimanche 22 janvier, 9h30 du matin, je lance mes premières poussées sur la D974 en direction du Ventoux. Coté technique, j’ai équipé ma Racer de deux gourdes d’eau, j’ai avec moi de quoi grignoter, je me suis chargé à minima. J’ai quand même mon appareil photo pour immortaliser la chose. Coté tenue, je suis en équipement grand froid. Coté physique, je n’ai pas plus d’entraînement qu’à l’habitude. Mais j’ai mon secret : J’ai mangé des pâtes hier soir !

Il fait 13° au départ mais il y a un grand vent. Je démarre équipé complètement, il ne fait pas chaud. Les 5 premiers kilomètres d’approche sont en fait plus « pentus » que je ne le pensais. Il y a même un passage à 8%. Le vent tourne dans tous les sens avec néanmoins une tendance par l’arrière. Je tiens un petit 12 Km/h. Comme un oignon, j’enlève petit à petit mes couches, accroche mon casque à mon guidon mais je garde le bonnet, le vent reste froid. Enfin St-Estèphe et son fameux virage qui marque le début de l’ascension. Pose nutrition et étirement.



Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
6 Km
20,7 Km/h
31’
11,6Km/h
5’
9,9 Km/h


 Je marche quelques temps pour voir comment se situe le dénivelé. Gulp… Même en marchant ça grimpe. Je tente une poussée mais je dépense une énergie folle pour une vitesse de 6/7 Km/h. Je préfère marcher un peu en attendant que ce soit poussable. Je tiens un 5Km/h, alors autant rester comme çà. Je passe mon temps à mettre ma cagoule, mon blouson, puis enlever ma cagoule, mon blouson. J’ouvre mon blouson, un coup de vent glacé, je le referme… J’ai chaud, j’ai froid c’est n’importe quoi. Une ligne droite, je tente une poussé, je dérape ! Le sol est humide à souhait, mes chaussures dérapent, je fais du sur place. Bon, j’attends et je marche encore. Je retente en posant le pied d’appui à l’endroit où le bitume à l’air plus sec. Je suis à 7/8 Km/h, mais une rafale me stoppe net. Et merde… Pendant les dix kilomètres qui me séparent du Chalet, je vais pratiquement marcher tout le temps. Impossible de démarrer la moindre poussée. Ca glisse et il fait froid.

Un grondement s’élève au loin. Il grandit de plus en plus. Surgit du virage derrière moi une Audi R8 (pour les ignares, c’est un truc genre Ferrari, aussi rare, large, bas et puissant mais fabriqué par Audi) qui passe à toute allure et disparaît au virage suivant. Faudra que j’en parle au papa d’Elisa (cherchez pas à comprendre c’est perso…).  Le silence reprend ses droits doucement. Quant à moi, je reprends ma marche. Et dire que ce mec va monter en une dizaine de minutes (record absolue de la montée en voiture : 6’ et quelques…).



Distance
Vitesse Max
Roulage/dont marche
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
10 Km
20,7 Km/h
1h16 / 40’
7,9 Km/h
14’
6,6 Km/h



A chaque arrêt, j’en profite pour me ravitailler avec forces gels énergétiques et je bois beaucoup. A mi pente, la forêt se fait moins dense, on voit apparaître le sommet. L’humidité du sol disparaît laissant place aux rafales de vent. Toujours pas la peine de pousser. De temps en temps j’arrive à lancer la bécane quand je sens que le dénivelé diminue, mais une centaine de mètres plus loin, le % aidé par le vent m’arrête. Alors je marche et je repense à mon pote" Dexter" qui disait qu’on est là pour le paysage. Profitons en et mettons nous en plein les mirettes. Les alentours sont magnifiques, le ciel est bleu, le soleil brille. C’est déjà ça. Un seul cycliste me doublera très lentement pendant l’ascension. (c’est d’ailleurs le seul que je verrai de la journée) Il a un BTWIN basique. On papote en avançant ensemble. Il a tenté de le faire hier, trop de vent au sommet, alors il retente aujourd’hui. Pendant 5 mn, j’oublie mes crampes qui veulent se déclencher. Il s’éloigne lentement.

Chalet Reynard. 2h50’. J’y arrive en poussant avec le vent de face.



Distance
Vitesse Max
Roulage/dont marche
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
15,6 Km
20,7 Km/h
2h21 / 1h40’
6,6 Km/h
28’
5,5 Km/h




Je me prends une pose en essayant de trouver un coin protégé du vent qui tourne dans tous les sens ce fourbe. Il fait toujours froid et je reste bien habillé. Je m’enfile la moitié des gâteaux que j’avais prévus, une compote et un gel énergisant. Je prends  10’ de repos complet et repart pour la dernière partie. 6Km et 500m de dénivelé positif. Maintenant le paysage est désertique. Lunaire. La route est à flanc de montagne, la vision s’étend jusqu’à la mer. Dès le début, étant protégé du vent, je peux pousser un peu. Mais au premier virage une rafale me stoppe. Je reprends la poussée, elle me re-stoppe. Ok j’ai compris je marche. La neige a fait son apparition. Le bord de la route est recouvert de « névés » et la route est traversée par des petites mares. La neige fond. La t° est donc positive mais le vent est glacial. L’altitude (on est entre 1400 et 1900 et ça monte vite) m’oblige à respirer plus profondément. Je n’arrive pas à respirer à fond par la bouche mon masque me gêne. Je l’enlève quand il n’y a pas de vent, le remet lors des rafales, etc … Mon cycliste de tout à l’heure surgit. « Je n’ai pas pu arriver au sommet. Je me suis fait jeter par terre au col, c’est trop dangereux, je redescends, bon courage et fais gaffe ». Une rafale m’arrive dans le dos et me pousse sur 50 mètre en pleine côte à 6%. Génial ! Mais elle tourne et me stoppe net. Bou-ou-ou… En marchant face au vent je regarde mon GPS. 3Km/h !! Je passe au niveau des stèles des deux cyclistes décédés lors d’une course à cet endroit. Le plus connu des deux finira sa carrière professionnelle lors d’un tour de France à cet endroit. 

Le vent est de plus en plus fort. Les rafales m’empêchent par moment de marcher. La dernière ligne droite avant le col. Il est devant moi. Le vent augmente, il hurle, c’est assourdissant. Une rafale plus forte me fait perdre l’équilibre. Je me rattrape de justesse et reste figé un genou au sol dans la position du sprinter dans les starting blocs. J’ai le col devant moi à 100m. Je mettrais 5mn à parcourir la distance courbé, avec parfois une main au sol. J’avance pas à pas en trainant la Racer. J’arrive enfin et me jette contre le muret dos au vent. 4h16’.



Distance
Vitesse Max
Roulage/dont marche
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
Dénivelé positif
21,1 Km
20,7 Km/h
3h23 / 2h35’
6,2 Km/h
51’
5 Km/h
1500m




Je n’irai pas plus loin. Je reste à 1800m d’altitude. Les 650 derniers mètres avant le sommet sont impossibles à faire dans ses conditions. J’ai eu la trouille. La vraie. Pas longtemps mais quelques secondes de vraie peur. Celle où tu te sent dépassé, tu ne maîtrise rien. Je me suis fais soulever comme un fétu de paille et projeté en arrière sans pouvoir m’accrocher à quoi que ce soit. Et derrière il y a le vide… La peur étant la meilleure des assurances vie, j’arrête là. Je fais demi-tour. Je l’aurai une prochaine fois. Blotti contre mon muret j’entends le vent qui hurle au dessus de moi. J’ai un réacteur de 747 lancé à fond à quelques mètres de moi. On dirait une bête sauvage hyper agressive. Je me sens tout petit. Là où je suis elle ne me voit pas. Je passe lentement la tête de l’autre coté du mur pour apercevoir le monstre en me tenant par précaution à un poteau. De l’autre coté, il fait très beau, on voit les Alpes au loin. Paradoxal, l’image ne correspond pas au son. J’ai une bande son de film catastrophe/horreur et l’image de la petite maison dans la prairie. Les nuages passent par le col et accélèrent prenant celui-ci comme un tremplin. Ils sont projetés au dessus de moi et retombent de mon coté en se disloquant et en reprenant une autre forme. Poésie de la tempête. Les nuages jouent. C’est peut-être leur Skate park ? Tiens, il y a un cumulo-nimbus qui vient de « rentrer » un superbe « Tail-win ». Et là un stratus qui tente un « back flip ». Bien joué ! Ouaw, un cumulus vient de rater un 360°. Superbe saut,  mais il s’est vautré. Il ne ressemble plus à rien maintenant. Après quelques minutes de spectacle, il va falloir que je m’éclipse de leur terrain de jeu.

La descente

Toujours courbé, je reprends le couloir dans l’autre sens. Le vent me pousse dans le dos en hurlant « CASSE TOI, ON VEUT PAS DE TOI ICI !! ». Je résiste pour ne pas partir en courant. Je tomberais. J’ai le pack  du  XV de France qui me pousse dans le dos… Avec la vitesse je glisse sur le sol mouillé. Et passé le virage, le vent s’arrête. Comme un chien qui te poursuit toutes mâchoires dehors et qui s’arrête net quand il considère que tu as franchis sa limite territoriale. Il te regarde droit dans les yeux et semble te dire : « Ne franchit pas cette limite, sinon je te bouffe. Je ne t’ai pas eu cette fois –ci, je ne te raterai pas la prochaine foi ». Avec un homme au moins on peut négocier. Pas là. La descente va s’avérer délicate. Jusqu’au Chalet je vais subir les vents tourbillonnants et même me faire arrêter en pleine descente (à l’endroit ou le vent m’avais poussé dans le dos lors de la montée). Les mains sur les freins je descends entre 20 et 30Km/h en prenant des coups de coté, devant, derrière, je me concentre et tiens le guidon de toutes mes forces. Mes pieds se font tremper  à cause des remontée d’eau (vous savez, les petits ruisseaux dont je parlais tout à l’heure), manquait plus que ça, les pieds mouillés…J’ai les freins à blocs sinon je partirai plein pot. Tu penses 6 à 7% de pente, la bécane ne demande qu’à accélérer … Je passe le virage du Chalet dans le plus pur style glisse-skate, le corps déhanché à l’intérieur du virage à 40Km/h. Superbe ! Je plonge dans la forêt où je retrouve le sol humide. Attention aux virages, pas trop vite, d’autant que la route n’est pas fermée et que je croise des voitures et  des motos. Je ne peux pas choisir les trajectoires idéales. Je reste debout les mains sur les freins et reste à 50/55 Km/h (max atteint : 65Km/h) dans les lignes droites. Je n’ai presque plus de freins d’ailleurs. Ces V-Brakes sont vraiment de la merde sur des côtes si longues. Je revois tous les coins où je me suis arrêté tout à l’heure, où j’ai galéré. Maintenant c’est très rapide. Je revis ma montée à l’envers et en accéléré. Marrant comme sensation. Je repense à Dexter qui a poursuivi un cycliste à 80Km/h. Dans d’autres conditions bien sûr, mais à ma vitesse c’est déjà assez rapide, alors à 80Km/h même dans des conditions idéales, ce doit être impressionnant à vivre. Les rafales tournantes font « guidoner » atrocement la bécane. Je m’arrête vérifier le serrage de la roue avant, l’alignement des freins. Il ne faudrait  pas que je me vautre à cette allure. Tout va bien, je repars tranquillisé.  Je suis obligé de bloquer le cadre avec mes genoux et de m’allonger sur le guidon. La bécane ne bouge plus, mais elle accélère et je dois d’autant plus freiner. Avec la vitesse maintenant j’ai un peu froid surtout aux pieds, mais pas le temps d’y penser, je suis trop concentré. Arrivée au virage de St-Estèphe en 35’ avec une moyenne de 40Km/h pile. Je reprends les 5 derniers kilomètres en pente douce mais avec le vent de face. Il me faut pousser pour maintenir un bon 25 Km/h. Arrivée à Bédoin. C’est fini. Je jette la bécane et mon sac dans la voiture, mets le chauffage à fond  (sur les pieds) et rentre m’effondrer chez moi. Au final (et qui n’a aucune signification) j’ai couvert les 42Km aller-retour en 5h soit 8,4 Km/h de moyenne.



Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
21 Km
65 Km/h
36’
34,9 Km/h
8’
28,2 Km/h


Un dicton provençal dit : « N’est pas fou celui qui monte au Ventoux, est fou celui qui y retourne ». Alors je suis totalement cinglé parce que  maintenant j’ai un compte à régler avec l’animal. La prochaine fois ce sera par Malaucène ou Sault, mais le cerbère là-haut qui garde le sommet, j’attendrai qu’il dorme …


Profil en % de la montée, kilomètre par kilomètre :


2.5
3.9
4.8
5.9
5.4
6.3*
9.4
10
10.7
9.6
9.7
10
9.2
10.1
6.7
7.1
6.7**
7.8
7.4
8.9
10.1

* :St Estèphe
** Chalet Reynard





samedi 24 septembre 2011

100 Km de Millau V


Ils sont tous là. Les Barons de la Trot. Ils sont venus des fins fonds de leurs terres.
Le Seigneur Dexter, le Mercenaire qui participe à tous les combats du moment qu’ils sont considérés comme perdus d’avance. Rien ne lui fait plus plaisir que d’être seul face à une meute enragée. C’est là qu’il est le meilleur. Le Baron Quiniou, Chef  vénéré du plus gros clan de trotteur du pays. Gargantua de la route. Quand il n’a pas de batailles à se mettre sous la dent, il les provoque invitant les clans venu du froid à des joutes sanguinaires !! Le Prince Deniaud, Duc de Bretagne de retour de sa campagne victorieuse en pays lointain. Campagne qui dura plusieurs mois et qui  est déjà dans la légende. Jean-Luc et Dame Anne qui viennent du comté de Quiniou. Les champs de batailles commencent à les voir régulièrement et leurs noms circulent de plus en plus dans les rangs des combattants. Thierry, Baron du Languedoc et  Comte de Saint Just. Il est le plus ancien de la troupe. Il a plus de batailles dans jambes que tous les autres réunis. Malheur à ceux qui ne le connaitrait pas. Puis des nouveaux venus tout aussi redoutables que les anciens. Ils commencent à écrire l’histoire de la Trot. Claudio qui lors de son dernier combat  terrassa ses opposants durant 24h !!, Fabricio qui hante les plaînes du Centre Nord et dont la seule évocation du nom fait fuir la plupart des adversaires. D’autres encore, des nouveaux combattants qui nous rejoignent et dont nous allons apprécier la vigueur. Il nous manque Luc, Seigneur du Verdon, pourfendeur des tribus Scandinaves. Le seul qui effraye  les Rois Nordiques. Accompagné de sa fidèle Amazone Krolette. Les Bonnie and Clyde de la Trot. Le couple infernal qui fait trembler des Hordes de L’Est. Il s’est blessé lors d’une bataille précédente.
Et moi votre humble narrateur. Je suis sur mes terres. Cette bataille là, je la mène depuis quatre ans. Au début nous n’étions que deux avec Thierry. Ce dernier ne m’a jamais lâché et nous fûmes rejoints peu à peu par les seigneurs des autres comtés. Maintenant les plus grands sont là et les hordes de centaines de milliers de mètres d’asphalte faces à nous tremblent déjà. Nous sommes à un contre cent milles, mais la peur n’est pas dans notre camp. Car en ce 24 Septembre de la onzième année du second millénaire, c’est nous qui lançon la charge. Place à la Saga.
Bon d’accord. J’arrête mes bêtises. Revenons à la réalité.
Marathon
Les trotteurs cette année sont au nombre de 14. Jan qui nous vient de Belgique, Dexter, Christophe, Claudio, Thierry, Fabricio, Bernard, Jean-Luc, Anne (sur le marathon), Fabrice, VwBob, Dave26, Gilles et moi.
Nous nous postons devant les coureurs à pied et après un décompte de la foule initié par Christophe (10-9-8, etc…) notre départ est donné.
La troupe se scinde immédiatement en deux. Les fusées devant, les tracteurs derrières. Parmi les premiers, Sébastien (Dexter), Christophe, Claudio, Thierry, Fabricio et Jan (le Belge).
Nous prenons nos marques. Mise en place des sensations, des gestes, rodage de la mécanique d’horlogerie qui va nous permettre de tenir les 100Km. Passage des 10Km en 34’. Je suis dans la moyenne des années précédentes. Avec ma troupe, nous allons faire le Marathon tranquillement. Nous évoluons par groupe de deux ou trois. Passage du semi en 1h16.
Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
21 Km
38Km/h
1h13
17,6 Km/h
4’
16,7 Km/h
On se rattrape, on s’attend. Le groupe est plus ou moins homogène. Bernard, Anne, Jean-Luc, VwBob, Dave26, Fabrice, Gilles, telle est notre petite équipe. La température est idéale, il faisait même un peu frais au départ, on fait une belle ballade. La plupart sont des nouveaux, on en profite pour faire connaissance. Bernard nous raconte son « trip » de Dakar jusqu’à St Nazaire, puis de St Nazaire à Compostelle et Séville et ensuite Casablanca. Dans le genre longue distance, on est tous battus. On papote autour de nos différentes machines. Gilles possède une Footbike très particulière, c’est une copie « pirate » qui fut rachetée par la marque, repeinte et revendue. Toute une histoire la bécane. Fabrice est sur une Footbike Tout-terrain préparée pour la route. Pneus fins, guidon de Triathlon. Bernard sur une superbe BCS Evo dont le guidon est bricolé pour accueillir tout un bordel d’accessoires. Mélange de deux technologies présentes sur la planète : L’Occident avec son design et l’Afrique avec  le tendeur et le fil de fer ! On est plus dans l’esprit d’une  grosse randonnée que d’une course. Nous finissons le Marathon tous ensemble en 2H30. 

Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
42 Km
54 Km/h
2h20
18 Km/h
11’
16,1 Km/h

Aller St Affrique
Tout le monde est content, ce fut une belle visite des gorges de la Jonte. Les choses sérieuses vont commencer, les fameux 900 mètres de dénivelé positif (et négatif)  apparaissant maintenant. Je me prends 10 bonnes minutes de repos/ravitaillement solide (roquefort, pâté, bananes, pain d’épice) avant de repartir. Bernard lui ne veut pas perdre son rythme et repars de suite. Gilles est épuisé mais voulant aller jusqu’au bout, il décide de prendre le temps nécessaire pour se remettre avant de repartir. On le laisse. J’ai un gros doute sur le fait qu’il reparte. Il a l’air mal en point. Anne ne faisant que le Marathon reste là. Elle prendra nos temps à l’arrivée. VwBob, Dave26, Fabrice, Jean-Luc  m’accompagnent et notre troupe part à l’assaut de St Affrique. On continue de papoter, on reste maintenant en ligne le long de la route genre cyclistes. On a le même rythme (un petit 18) et on pousse en rythme. Stratégie de groupe. La côte de Creissel. Celle avec le Viaduc au sommet. Je ne la présente plus. C’est ici que les premières crampes m’attendent. Elles seront au rendez vous… Je m’arrête dès le début et marche. Jean-Luc, Fabrice, VwBob et Dave26 me laisse et arrivent à pousser un peu. Je les vois s’éloigner vers le sommet petit à petit. Je suis obligé de m’arrêter régulièrement pour m’étirer. Les crampes arrivent puis passent, puis reviennent. J’en ai partout. Mais les étirements réguliers les maintiennent « à distance ». Le sommet : 3h20 au compteur. Jean-Luc et Fabrice sont déjà repartit. VwBob et Dave26 m’attendent. Ils arrêtent là. C’est leur première fois, ils ne veulent pas insister au-delà.
Je repars seul dans la grande descente vers St Georges. Les crampes sont calmées et je peux profiter de la vitesse (61 Km/h) pendant quelques minutes. La route est vide, je choisis mes trajectoires, un vrai plaisir. Pas tout à fais en fait car la route ayant été refaite (ou en cours de réfection je ne sais pas), elle possède des rainurages qui font que la bécane n’est absolument pas stable. Au début je cru qu’il ya avait du vent qui me poussait de coté. Un coup d’œil aux arbres, ils ne bougent pas !  C’est la route qui bouge. Vous voyez ces rainurages parfois sur les autoroutes où la voiture bouge latéralement lorsqu’on refait le bitume ? Là c’est pareil. Les roues passent d’une rainure à l’autre, la stabilité est disons « aléatoire ». Je tiens le guidon de toutes mes forces pour ne pas tomber. Pas tranquille à cette vitesse.
Je rejoins la grande route qui mène au bas de Tiergues. Plusieurs kilomètres monotones au faux plat montant (vivement le retour). Je rejoints Jean-Luc et Fabrice au prochain ravitaillement. Ce dernier n’est pas en place. On refait néanmoins le plein d’eau en les prévenant qu’ils ont intérêts de ce bouger, les premiers ne sont pas loin derrière. Nous repartons tous les trois. St Rome, dernier ravito avant la côte. Nous nous arrêtons et faisons le plein de solide. Pâté, roquefort, banane, chocolat, pain d’épice, œufs durs, je me gave et remet le niveau d’énergie à bloc. La grosse difficulté arrive. Jean-Luc repart seul. Fabrice et moi attaquons Tiergues ensemble en marchant. Les crampes sont là mais ne dégénèrent pas. Le fait de discuter fait penser à autre chose. Nous croisons Jan le Belge qui redescend. Un calcul rapide nous fait dire qu’il est sur une base de 5h !! Incroyable. Ce petit bonhomme souriant qui n’a l’air de rien est en train de foutre la pâtée à tous le monde. Nous sommes presque au sommet quand tout à coup derrière nous surgit le premier coureur à pied. Fabrice veut se mettre à pousser mais ne peut pas. « T’inquiète pas, laisse le passer, on l’aura dans la descente » lui dis je. Nous continuons en marchant tous les deux. Reposons nous, ca n’est pas terminé. Le sommet en 4h40. Nous remontons sur nos bécanes et reprenons notre poussée. Fabrice part devant moi. Il a bien récupéré et accélère, je le laisse partir. Il est plus lourd que moi, alors de toute façon dans la descente, je ne pourrais pas le rattraper. Il se cale sur son guidon de Triathlète et disparaît au loin. Je croise enfin nos champions sur le retour. Christophe en tête qui a l’air de souffrir « Ca va ? » « _Non ! » me lance t-il lorsque je le croise. Suivit de près par Dexter et Claudio (avec son éternel sourire en coin). Eux par contre ont l’air bien. J’attaque la descente à bloc allongé sur mon guidon. Je double le premier coureur avec un salut à mon copain de la voiture Chronos (coup de klaxon de sa part) Pas de rainures sur la route, mmmmh un régal (50/60 Km/h). Je vois au loin Thierry arrêté (THIERRY ARRETE ?). Freinage d’urgence. Qu’est ce qu’il se passe ? « J’ai mal au ventre, envie de gerber des douleurs atroce, je peux plus pousser, j’ai dû me tromper dans le dosage que j’ai dans le Camel Back. Du coup je peux plus boire. Ca va pas du tout !! ». Merde il est mal. Je lui passe une de mes gourdes (je tourne à l’eau pure). Je le laisse et repars. Je croise Fabricio dans la foulée, puis Bernard. Re-arrêt dans la descente. Papotage, « Ca va ? » « Ouais super ». Lui aussi a sont éternel sourire. Bon, il faudrait peut-être que j’arrête de discuter avec tout le monde moi. J’ai une course à faire mine de rien. J’arrive enfin à St Afrique en 5h00.

Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
72 Km
61 Km/h
4h30
16 Km/h
34’
14,2 Km/h
Retour Millau
Passage au milieu des majorettes qui me font une haie d’honneur, merci les filles. Je leur dis que le premier est juste derrière moi. La tension monte, hé, hé, hé. Après ma recharge énergétique à base de … devinez quoi ? Pâté/Roquefort !! Bravo ! Je remonte vers Tiergues en marchant. Les crampes redémarrent et comme dans la montée de Creissel, je vais alterner marche et étirement. Dès le début je croise le premier coureur qui me redouble rapidement. « A tout à l’heure dans la descente » me lance le chauffeur de la voiture chrono. Gilles surgit, il est enfin là. Je n’y croyais pas, il a réussit à repartir. Il va le finir son Millau !! J’arrive à reprendre la poussée vers le sommet de la côte. La pente est moins rude. Je croise lentement  les 10 premiers coureurs les uns après les autres qui attaquent leur descente.
Sommet de Tiergues  5h45 à ma montre. Je suis bien fatigué mais la forme est quand même là. Fatigué mais pas épuisé.

Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
78 Km
61 Km/h
5h10
15 Km/h
36’
13,5 Km/h 

 Je ne m’arrête pas au ravitaillement, j’attends celui d’après en bas de la côte. Je passe le 80Km en 5h55 pile. Je double mon ami le chrono sur roulettes avec un énorme « YEESSSS ! ». Gros coup de klaxon en réponse. A partir de maintenant et jusqu’à la fin je vais croiser la troupe de 4000 coureurs et leurs accompagnateurs. L’ambiance est festive. Je croise une connaissance en triporteur (il accompagne deux coureurs), salut quelques coureurs que je connais, puis d’autres comme : Obélix, un centurion romain, des bagnards, Goldorak…   Je reprends la longue route monotone  en faux plat descendant maintenant. Je tiens un 18/20 sans trop forcer. Bien sûr je pourrai m’arracher en prenant un bon 25 mais à quoi bon. Pour gagner 5’ à l’arrivée ? Et puis surtout il reste la côte de Creissel et j’ai de moins en moins la pêche. Les crampes sont là-bas en embuscades, elles m’attendent….   et  dès le début de la dite côte elles  me sautent dessus. Les fourbes, elles auraient pût attendre un peu !!

Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
90 Km
61 Km/h
5h45
15,7 Km/h
39’
14,1 Km/h

C’est là que mon pote le grand maître du temps  me rattrape. Il reste en moment avec moi, on discute et il file lentement. Le premier arrive et me double. Quant à moi j’alterne toujours la marche et les étirements. Les crampes sont sympas, elles n’augmentent pas. J’arrive à les repousser. Je suis fatigué. Très fatigué, mais j’ai encore de l’énergie et le moral, alors ça va plutôt bien. Enfin le sommet. 7h dans les pattes …

Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
93 Km
61 Km/h
6h15
15 Km/h
44’
13,4 Km/h

Je mets mon casque intégral et me prépare pour le « Run » final. La fin du périple est dans un gros quart d’heure. J’ai la barre des 7h30’ en vue. C’est faisable. Il me reste à battre mon record de vitesse. Et c’est ici que ca va se passer.73Km/h à battre. J’ai un petit doute quant à la réalisation de l’objectif, en effet un léger vent s’est levé, je l’aurai en face. Je me lance. Allongé en avant le torse sur le guidon, la tête par-dessus la roue avant. Ca file, ca file, de plus en plus vite. Je ne connais pas ma vitesse  mais c’est très rapide. Par rapport aux années précédentes, il y a beaucoup de monde dans la montée. Mais ma portion de route est dégagée. Je descends comme une fusée. Les coureurs et leurs accompagnateurs sont médusés, je vois du coin de l’œil les têtes qui me regardent bouche bée. Je dois être pas loin de 70. Je suis à bloc. Sensation extraordinaire de vitesse. Le vent siffle dans mon casque. J’espère que personne le long de la route ne va sortir de la file, je ne pourrai pas m’arrêter. Le « Run » ne dure que quelques courtes minutes dans la réalité mais dans ma tête c’est beaucoup plus long. L’esprit réagit plus vite et s’adapte à la vitesse. Le temps ralentit dans ma tête. J’anticipe les moindres faits et gestes des personnes au loin (anticiper : réflexe de motard), que je croise prêts à freiner ou sortir de ma trajectoire. Aucun défaut, je resterai ainsi, allongé sur ma potence jusqu’au bout. Je vois le rond point final. Les gens retournés qui me regardent interloqués. Je me relève, écrase les freins et « enquille » le rond point pour profiter de la vitesse acquisse et remonter de l’autre coté. Je regarde ma vitesse 64Km/h. Zut, saleté de vent… je croyais plus… Déçu. ..Mais pas par le ressenti de l’expérience. J’ai pris un grand pied. Voilà, il me reste 3 Km que je finis tranquillement. Je rejoints  mon copain, le chronomètre à quatre roues. On se salut, « à l’année prochaine » et je file vers l’arrivée. En slalomant dans les embouteillages de Millau je croise Thierry dans sa voiture qui rentre chez lui. Grands signes de la main, appels de phares et klaxons. Il a l’air d’aller mieux. En tout cas il a le sourire. Je passe la ligne d’arrivée en 7h20. Jean-Luc, Anne, Bernard et Nadine (sa femme)  m’attendent. Fabrice quant à lui est allé profiter des mains magiques des kinés. Je n’ai pas le temps de reprendre mes esprits que le premier coureur surgit  en 7h21’. Nous allons attendre Gilles qui finira en 8h45. Je n’y croyais pas. Je pensais qu’il craquerait et finirait à l’agonie. Bernard est même parti le chercher, il s’inquiétait lui aussi. En fait ce garçon est un malin et a géré sa course à l’économie. Grande connaissance de soi. Bravo. Ce mec est un sage. Qualité nécessaire aux coureurs de longues distances.
Quant à moi, je finis avant dernier de la troupe. Mais ce n’est pas moi qui est ralenti, ce sont les autres qui sont allés plus vite que d’habitude. Je garde donc le sourire. Je suis plutôt content. Je ne bats pas mon record, mais je finis dans ma fourchette de temps habituelle et sans avoir souffert ce qui est déjà une victoire sur ce genre d’épreuve. De plus la bande était sympa, alors quel que soit le résultat, la journée fut excellente.

Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
100 Km
64 Km/h
6h35
15,3 Km/h
45’
13,7 Km/h