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samedi 31 décembre 2011

2011…… où l’on voit que le manque d’entrainement n’influe en rien sur les résultats et que notre héros ferait mieux d’arrêter de papoter avec tout le monde

... et ça se passe aux 100 Km de Millau...

samedi 24 septembre 2011

100 Km de Millau V


Ils sont tous là. Les Barons de la Trot. Ils sont venus des fins fonds de leurs terres.
Le Seigneur Dexter, le Mercenaire qui participe à tous les combats du moment qu’ils sont considérés comme perdus d’avance. Rien ne lui fait plus plaisir que d’être seul face à une meute enragée. C’est là qu’il est le meilleur. Le Baron Quiniou, Chef  vénéré du plus gros clan de trotteur du pays. Gargantua de la route. Quand il n’a pas de batailles à se mettre sous la dent, il les provoque invitant les clans venu du froid à des joutes sanguinaires !! Le Prince Deniaud, Duc de Bretagne de retour de sa campagne victorieuse en pays lointain. Campagne qui dura plusieurs mois et qui  est déjà dans la légende. Jean-Luc et Dame Anne qui viennent du comté de Quiniou. Les champs de batailles commencent à les voir régulièrement et leurs noms circulent de plus en plus dans les rangs des combattants. Thierry, Baron du Languedoc et  Comte de Saint Just. Il est le plus ancien de la troupe. Il a plus de batailles dans jambes que tous les autres réunis. Malheur à ceux qui ne le connaitrait pas. Puis des nouveaux venus tout aussi redoutables que les anciens. Ils commencent à écrire l’histoire de la Trot. Claudio qui lors de son dernier combat  terrassa ses opposants durant 24h !!, Fabricio qui hante les plaînes du Centre Nord et dont la seule évocation du nom fait fuir la plupart des adversaires. D’autres encore, des nouveaux combattants qui nous rejoignent et dont nous allons apprécier la vigueur. Il nous manque Luc, Seigneur du Verdon, pourfendeur des tribus Scandinaves. Le seul qui effraye  les Rois Nordiques. Accompagné de sa fidèle Amazone Krolette. Les Bonnie and Clyde de la Trot. Le couple infernal qui fait trembler des Hordes de L’Est. Il s’est blessé lors d’une bataille précédente.
Et moi votre humble narrateur. Je suis sur mes terres. Cette bataille là, je la mène depuis quatre ans. Au début nous n’étions que deux avec Thierry. Ce dernier ne m’a jamais lâché et nous fûmes rejoints peu à peu par les seigneurs des autres comtés. Maintenant les plus grands sont là et les hordes de centaines de milliers de mètres d’asphalte faces à nous tremblent déjà. Nous sommes à un contre cent milles, mais la peur n’est pas dans notre camp. Car en ce 24 Septembre de la onzième année du second millénaire, c’est nous qui lançon la charge. Place à la Saga.
Bon d’accord. J’arrête mes bêtises. Revenons à la réalité.
Marathon
Les trotteurs cette année sont au nombre de 14. Jan qui nous vient de Belgique, Dexter, Christophe, Claudio, Thierry, Fabricio, Bernard, Jean-Luc, Anne (sur le marathon), Fabrice, VwBob, Dave26, Gilles et moi.
Nous nous postons devant les coureurs à pied et après un décompte de la foule initié par Christophe (10-9-8, etc…) notre départ est donné.
La troupe se scinde immédiatement en deux. Les fusées devant, les tracteurs derrières. Parmi les premiers, Sébastien (Dexter), Christophe, Claudio, Thierry, Fabricio et Jan (le Belge).
Nous prenons nos marques. Mise en place des sensations, des gestes, rodage de la mécanique d’horlogerie qui va nous permettre de tenir les 100Km. Passage des 10Km en 34’. Je suis dans la moyenne des années précédentes. Avec ma troupe, nous allons faire le Marathon tranquillement. Nous évoluons par groupe de deux ou trois. Passage du semi en 1h16.
Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
21 Km
38Km/h
1h13
17,6 Km/h
4’
16,7 Km/h
On se rattrape, on s’attend. Le groupe est plus ou moins homogène. Bernard, Anne, Jean-Luc, VwBob, Dave26, Fabrice, Gilles, telle est notre petite équipe. La température est idéale, il faisait même un peu frais au départ, on fait une belle ballade. La plupart sont des nouveaux, on en profite pour faire connaissance. Bernard nous raconte son « trip » de Dakar jusqu’à St Nazaire, puis de St Nazaire à Compostelle et Séville et ensuite Casablanca. Dans le genre longue distance, on est tous battus. On papote autour de nos différentes machines. Gilles possède une Footbike très particulière, c’est une copie « pirate » qui fut rachetée par la marque, repeinte et revendue. Toute une histoire la bécane. Fabrice est sur une Footbike Tout-terrain préparée pour la route. Pneus fins, guidon de Triathlon. Bernard sur une superbe BCS Evo dont le guidon est bricolé pour accueillir tout un bordel d’accessoires. Mélange de deux technologies présentes sur la planète : L’Occident avec son design et l’Afrique avec  le tendeur et le fil de fer ! On est plus dans l’esprit d’une  grosse randonnée que d’une course. Nous finissons le Marathon tous ensemble en 2H30. 

Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
42 Km
54 Km/h
2h20
18 Km/h
11’
16,1 Km/h

Aller St Affrique
Tout le monde est content, ce fut une belle visite des gorges de la Jonte. Les choses sérieuses vont commencer, les fameux 900 mètres de dénivelé positif (et négatif)  apparaissant maintenant. Je me prends 10 bonnes minutes de repos/ravitaillement solide (roquefort, pâté, bananes, pain d’épice) avant de repartir. Bernard lui ne veut pas perdre son rythme et repars de suite. Gilles est épuisé mais voulant aller jusqu’au bout, il décide de prendre le temps nécessaire pour se remettre avant de repartir. On le laisse. J’ai un gros doute sur le fait qu’il reparte. Il a l’air mal en point. Anne ne faisant que le Marathon reste là. Elle prendra nos temps à l’arrivée. VwBob, Dave26, Fabrice, Jean-Luc  m’accompagnent et notre troupe part à l’assaut de St Affrique. On continue de papoter, on reste maintenant en ligne le long de la route genre cyclistes. On a le même rythme (un petit 18) et on pousse en rythme. Stratégie de groupe. La côte de Creissel. Celle avec le Viaduc au sommet. Je ne la présente plus. C’est ici que les premières crampes m’attendent. Elles seront au rendez vous… Je m’arrête dès le début et marche. Jean-Luc, Fabrice, VwBob et Dave26 me laisse et arrivent à pousser un peu. Je les vois s’éloigner vers le sommet petit à petit. Je suis obligé de m’arrêter régulièrement pour m’étirer. Les crampes arrivent puis passent, puis reviennent. J’en ai partout. Mais les étirements réguliers les maintiennent « à distance ». Le sommet : 3h20 au compteur. Jean-Luc et Fabrice sont déjà repartit. VwBob et Dave26 m’attendent. Ils arrêtent là. C’est leur première fois, ils ne veulent pas insister au-delà.
Je repars seul dans la grande descente vers St Georges. Les crampes sont calmées et je peux profiter de la vitesse (61 Km/h) pendant quelques minutes. La route est vide, je choisis mes trajectoires, un vrai plaisir. Pas tout à fais en fait car la route ayant été refaite (ou en cours de réfection je ne sais pas), elle possède des rainurages qui font que la bécane n’est absolument pas stable. Au début je cru qu’il ya avait du vent qui me poussait de coté. Un coup d’œil aux arbres, ils ne bougent pas !  C’est la route qui bouge. Vous voyez ces rainurages parfois sur les autoroutes où la voiture bouge latéralement lorsqu’on refait le bitume ? Là c’est pareil. Les roues passent d’une rainure à l’autre, la stabilité est disons « aléatoire ». Je tiens le guidon de toutes mes forces pour ne pas tomber. Pas tranquille à cette vitesse.
Je rejoins la grande route qui mène au bas de Tiergues. Plusieurs kilomètres monotones au faux plat montant (vivement le retour). Je rejoints Jean-Luc et Fabrice au prochain ravitaillement. Ce dernier n’est pas en place. On refait néanmoins le plein d’eau en les prévenant qu’ils ont intérêts de ce bouger, les premiers ne sont pas loin derrière. Nous repartons tous les trois. St Rome, dernier ravito avant la côte. Nous nous arrêtons et faisons le plein de solide. Pâté, roquefort, banane, chocolat, pain d’épice, œufs durs, je me gave et remet le niveau d’énergie à bloc. La grosse difficulté arrive. Jean-Luc repart seul. Fabrice et moi attaquons Tiergues ensemble en marchant. Les crampes sont là mais ne dégénèrent pas. Le fait de discuter fait penser à autre chose. Nous croisons Jan le Belge qui redescend. Un calcul rapide nous fait dire qu’il est sur une base de 5h !! Incroyable. Ce petit bonhomme souriant qui n’a l’air de rien est en train de foutre la pâtée à tous le monde. Nous sommes presque au sommet quand tout à coup derrière nous surgit le premier coureur à pied. Fabrice veut se mettre à pousser mais ne peut pas. « T’inquiète pas, laisse le passer, on l’aura dans la descente » lui dis je. Nous continuons en marchant tous les deux. Reposons nous, ca n’est pas terminé. Le sommet en 4h40. Nous remontons sur nos bécanes et reprenons notre poussée. Fabrice part devant moi. Il a bien récupéré et accélère, je le laisse partir. Il est plus lourd que moi, alors de toute façon dans la descente, je ne pourrais pas le rattraper. Il se cale sur son guidon de Triathlète et disparaît au loin. Je croise enfin nos champions sur le retour. Christophe en tête qui a l’air de souffrir « Ca va ? » « _Non ! » me lance t-il lorsque je le croise. Suivit de près par Dexter et Claudio (avec son éternel sourire en coin). Eux par contre ont l’air bien. J’attaque la descente à bloc allongé sur mon guidon. Je double le premier coureur avec un salut à mon copain de la voiture Chronos (coup de klaxon de sa part) Pas de rainures sur la route, mmmmh un régal (50/60 Km/h). Je vois au loin Thierry arrêté (THIERRY ARRETE ?). Freinage d’urgence. Qu’est ce qu’il se passe ? « J’ai mal au ventre, envie de gerber des douleurs atroce, je peux plus pousser, j’ai dû me tromper dans le dosage que j’ai dans le Camel Back. Du coup je peux plus boire. Ca va pas du tout !! ». Merde il est mal. Je lui passe une de mes gourdes (je tourne à l’eau pure). Je le laisse et repars. Je croise Fabricio dans la foulée, puis Bernard. Re-arrêt dans la descente. Papotage, « Ca va ? » « Ouais super ». Lui aussi a sont éternel sourire. Bon, il faudrait peut-être que j’arrête de discuter avec tout le monde moi. J’ai une course à faire mine de rien. J’arrive enfin à St Afrique en 5h00.

Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
72 Km
61 Km/h
4h30
16 Km/h
34’
14,2 Km/h
Retour Millau
Passage au milieu des majorettes qui me font une haie d’honneur, merci les filles. Je leur dis que le premier est juste derrière moi. La tension monte, hé, hé, hé. Après ma recharge énergétique à base de … devinez quoi ? Pâté/Roquefort !! Bravo ! Je remonte vers Tiergues en marchant. Les crampes redémarrent et comme dans la montée de Creissel, je vais alterner marche et étirement. Dès le début je croise le premier coureur qui me redouble rapidement. « A tout à l’heure dans la descente » me lance le chauffeur de la voiture chrono. Gilles surgit, il est enfin là. Je n’y croyais pas, il a réussit à repartir. Il va le finir son Millau !! J’arrive à reprendre la poussée vers le sommet de la côte. La pente est moins rude. Je croise lentement  les 10 premiers coureurs les uns après les autres qui attaquent leur descente.
Sommet de Tiergues  5h45 à ma montre. Je suis bien fatigué mais la forme est quand même là. Fatigué mais pas épuisé.

Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
78 Km
61 Km/h
5h10
15 Km/h
36’
13,5 Km/h 

 Je ne m’arrête pas au ravitaillement, j’attends celui d’après en bas de la côte. Je passe le 80Km en 5h55 pile. Je double mon ami le chrono sur roulettes avec un énorme « YEESSSS ! ». Gros coup de klaxon en réponse. A partir de maintenant et jusqu’à la fin je vais croiser la troupe de 4000 coureurs et leurs accompagnateurs. L’ambiance est festive. Je croise une connaissance en triporteur (il accompagne deux coureurs), salut quelques coureurs que je connais, puis d’autres comme : Obélix, un centurion romain, des bagnards, Goldorak…   Je reprends la longue route monotone  en faux plat descendant maintenant. Je tiens un 18/20 sans trop forcer. Bien sûr je pourrai m’arracher en prenant un bon 25 mais à quoi bon. Pour gagner 5’ à l’arrivée ? Et puis surtout il reste la côte de Creissel et j’ai de moins en moins la pêche. Les crampes sont là-bas en embuscades, elles m’attendent….   et  dès le début de la dite côte elles  me sautent dessus. Les fourbes, elles auraient pût attendre un peu !!

Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
90 Km
61 Km/h
5h45
15,7 Km/h
39’
14,1 Km/h

C’est là que mon pote le grand maître du temps  me rattrape. Il reste en moment avec moi, on discute et il file lentement. Le premier arrive et me double. Quant à moi j’alterne toujours la marche et les étirements. Les crampes sont sympas, elles n’augmentent pas. J’arrive à les repousser. Je suis fatigué. Très fatigué, mais j’ai encore de l’énergie et le moral, alors ça va plutôt bien. Enfin le sommet. 7h dans les pattes …

Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
93 Km
61 Km/h
6h15
15 Km/h
44’
13,4 Km/h

Je mets mon casque intégral et me prépare pour le « Run » final. La fin du périple est dans un gros quart d’heure. J’ai la barre des 7h30’ en vue. C’est faisable. Il me reste à battre mon record de vitesse. Et c’est ici que ca va se passer.73Km/h à battre. J’ai un petit doute quant à la réalisation de l’objectif, en effet un léger vent s’est levé, je l’aurai en face. Je me lance. Allongé en avant le torse sur le guidon, la tête par-dessus la roue avant. Ca file, ca file, de plus en plus vite. Je ne connais pas ma vitesse  mais c’est très rapide. Par rapport aux années précédentes, il y a beaucoup de monde dans la montée. Mais ma portion de route est dégagée. Je descends comme une fusée. Les coureurs et leurs accompagnateurs sont médusés, je vois du coin de l’œil les têtes qui me regardent bouche bée. Je dois être pas loin de 70. Je suis à bloc. Sensation extraordinaire de vitesse. Le vent siffle dans mon casque. J’espère que personne le long de la route ne va sortir de la file, je ne pourrai pas m’arrêter. Le « Run » ne dure que quelques courtes minutes dans la réalité mais dans ma tête c’est beaucoup plus long. L’esprit réagit plus vite et s’adapte à la vitesse. Le temps ralentit dans ma tête. J’anticipe les moindres faits et gestes des personnes au loin (anticiper : réflexe de motard), que je croise prêts à freiner ou sortir de ma trajectoire. Aucun défaut, je resterai ainsi, allongé sur ma potence jusqu’au bout. Je vois le rond point final. Les gens retournés qui me regardent interloqués. Je me relève, écrase les freins et « enquille » le rond point pour profiter de la vitesse acquisse et remonter de l’autre coté. Je regarde ma vitesse 64Km/h. Zut, saleté de vent… je croyais plus… Déçu. ..Mais pas par le ressenti de l’expérience. J’ai pris un grand pied. Voilà, il me reste 3 Km que je finis tranquillement. Je rejoints  mon copain, le chronomètre à quatre roues. On se salut, « à l’année prochaine » et je file vers l’arrivée. En slalomant dans les embouteillages de Millau je croise Thierry dans sa voiture qui rentre chez lui. Grands signes de la main, appels de phares et klaxons. Il a l’air d’aller mieux. En tout cas il a le sourire. Je passe la ligne d’arrivée en 7h20. Jean-Luc, Anne, Bernard et Nadine (sa femme)  m’attendent. Fabrice quant à lui est allé profiter des mains magiques des kinés. Je n’ai pas le temps de reprendre mes esprits que le premier coureur surgit  en 7h21’. Nous allons attendre Gilles qui finira en 8h45. Je n’y croyais pas. Je pensais qu’il craquerait et finirait à l’agonie. Bernard est même parti le chercher, il s’inquiétait lui aussi. En fait ce garçon est un malin et a géré sa course à l’économie. Grande connaissance de soi. Bravo. Ce mec est un sage. Qualité nécessaire aux coureurs de longues distances.
Quant à moi, je finis avant dernier de la troupe. Mais ce n’est pas moi qui est ralenti, ce sont les autres qui sont allés plus vite que d’habitude. Je garde donc le sourire. Je suis plutôt content. Je ne bats pas mon record, mais je finis dans ma fourchette de temps habituelle et sans avoir souffert ce qui est déjà une victoire sur ce genre d’épreuve. De plus la bande était sympa, alors quel que soit le résultat, la journée fut excellente.

Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
100 Km
64 Km/h
6h35
15,3 Km/h
45’
13,7 Km/h

vendredi 31 décembre 2010

2010. …où notre héros s’ennui ferme, puis se frotte à l’élite mondiale malgré la présence de volatiles et se venge d’une côte avec qui il avait un compte à régler…

.. et ça se passe lors de la Saint-Affricaine, des 100 Km de Millau, des Championnats du Monde en Italie et des Championnats de France à Lyon...

samedi 25 septembre 2010

100Km de Millau IV



25 Septembre. Cette année les Tbikers présents sont : Jeff, Thierry (l’incontournable), Christophe, Jean-Charles le fils du précédent nommé (sur le Marathon), Sébastien, Luc, Carole, Jean-Luc, Anne et votre serviteur.

L’invité de dernière minute… la pluie et le froid.

J’utiliserai cette année la Kickbike Racer qui a servit en Italie. Je l’équipe de deux portes bidons, le GPS et ma montre sur le guidon, tous le reste est entièrement d’origine. Pour elle se sera son premier Millau. Après la Millenium Racer, la FB Track, c’est donc au tour de la Sport Max (dernière évolution de la Racer).

J’ai pris le minimum d’équipement avec moi. Deux trois outils, chambre à air, c’est tout. Je pars « light » (vraiment light serais sans rien du tout mais bon, ma parano naturelle m’en empêche). J’ai avec moi à porté de main des dosettes anti-crampes et anti hypoglycémie (principe de précaution oblige).


Le Marathon

Nous partons 5mn avant le départ officiel afin de garantir notre avance. Nous partons tous pour le 100 Km sauf Anne, Jean-Charles et Sébastien qui ne feront que le Marathon. Ce dernier part comme un fou avec Luc. Ils ont décidé tous les deux d’établir un temps de référence sur les deux distances. La course poursuite est lancée.

Notre petite troupe s’ébranle et nous prenons nos positions. Tout le monde prend son rythme. C’est chacun pour soit dans l’ensemble, mais on se rejoint de toute manière lors d’un ravitaillement. On roule  deux par deux, ou par trois, inter changeant les groupes, puis lorsqu’un se sent bien, il part tout seul, se fait rejoindre, etc … Nous passons le Km10 en 33’. Temps identique à celui de l’an dernier. Puis au gré des ravitaillements, je me retrouve seul en tête  (je ne compte pas les deux missiles loin devant). Une pluie fine et froide se met à tomber. J’enfile son blouson. Entre la température (14°) et la pluie, j’ai du mal à me chauffer. Cuissard long, manches longues, blouson, gants, je suis bien couvert et je ne sue pas. J’ai des remontées de flotte le long de la jambe arrière, mes pieds sont trempés. Pas agréable. Je passe le semi avec la fameuse petite côte en 1h10’. Je suis bien. La pluie a cessée, la route est sèche. Le fond de l’air reste frais. J’enlève mon blouson. A partir de maintenant je vois au loin de l’autre coté de la rivière la file ininterrompue des coureurs. Je suis tout seul. En fait j’adore cette ambiance de solitude. Que je dois devant ou derrière je m’en fou, je suis là tout seul, je suis bien. Mais non je ne suis pas tout seul, je suis avec moi ! La personne avec qui je m’entends le mieux !

« 5 minutes. Les premiers sont 5 minutes derrières moi !! » C’est l’annonce que je fais arrivant sur un ravitaillement. « Non, les premiers sont loin devant. On en a vu deux passer comme des balles. On n’a jamais vu çà ! » Dexter et Luc ont marqués les esprits apparemment.

Mes muscles font actes de présences, j’ai peur que les crampes démarrent. Si tôt ? Je m’arrête régulièrement pour m’étirer. Aux ravitaillements où je m’arrête pour m’alimenter (21 et 35Km), je prends du salé. J’inaugure une nouvelle version de ravitaillement. Est-ce le froid ? J’ai la fringale. J’ai besoin de solide. Petits sandwichs au jambon, paté, roquefort, bananes séchées, chocolats. J’évite les sucres rapides. Il me faut du solide. Je suis rejoint par Carole, Thierry,  Jean-Luc puis plus tard Christophe et Jean-Charles vers le 35ème kilomètre. Nous continuons notre ballade tous ensemble en se calant sur le rythme de Jean-Charles (un petit 18Km/h) et finissons le marathon en 2h30. Jean-Charles passe le premier. Victoire pour le gamin ! Il est épuisé mais ne le montre pas.  Un bon quart d’heure pour se ravitailler, présenter les machines au micro (je suis rodé maintenant), nous repartons  frais et dispo vers St Affrique tous ensemble. J’en ai aussi profité pour changer de tee-shirt afin de  repartir un peu plus sec. Anne reste à Millau, c’était son premier Marathon, ça suffit pour elle. Jeff est déjà à l’agonie. Pas en forme du tout mais il décide de continuer quitte à arrêter en cours de route. Quand à Sébastien il a bouclé son marathon en 1h44’ et est reparti rejoindre son coureur en tant qu’accompagnateur. Il n’a jamais pu rattraper Luc qui a finit sa première boucle en 1h30’.


L’aller vers St Affrique

Nous sommes en file Indienne jusqu’à la côte de Creissel. Je la pousse un peu mais je n’insiste pas. Les douleurs musculaires deviennent de plus en plus présentent. Je m’arrête et laisse passer tout le monde. En tête Carole et Christophe poussent lentement mais surement, puis Thierry et Jean-Luc qui alternent marche et poussée suivi de Jeff  un peu plus en arrière qui fait de même. Je les laisse tous s’éloigner. Les crampes arrivent. Je m’étire, me ravitaille, prend un gel, bois. Finalement je parviens à me remettre à pousser sans qu’une crampe ne se déclenche. Elles sont là justes au bord mais ne se décident pas à me transpercer. Je parviens au sommet en 3h. La pluie est derrière nous. Le ciel est maintenant très nuageux, mais aucuns ne sont menaçants. Le soleil perce de temps en temps. On alterne douce chaleur à frisquet. Bref le temps idéal pour de la très longue distance. Je rejoins le groupe (sans Carole qui est partie et qu’on ne rattrapera plus) et nous nous lançons dans la descente vers St Georges. Allongés sur le guidon, 60km/h de moyenne mais pas plus, un fort vent trois quart face souffle. Il faut faire attention de bien maintenir la machine. Situation tendue. Par contre la route est toute à nous, un régal. Toujours groupés, nous entamons la longue route vers Tiergues. Faux plat montant monotone. La route est déserte. On papote entre nous. Jeff est distancé, il est loin derrière. C’est là qu’on croise Luc qui revient de St Affrique. On regarde nos montres 3h45 de course et il lui reste dix bornes. Il est sur une base de 4h15. Gulp, on se regarde tous interloqués, on a du mal à y croire.

Mes muscles sont calmés. Je prends un rythme de 17-19 Km/h et reprend  la tête du  groupe. Je me détache lentement jusqu’au prochain ravitaillement avant la célèbre côte de Tiergues. Et là, personne. Quelques biscuits et chocolats sur une table, tout est désert autour. Mes collègues arrivent. On a tous l’air hagard, les traits tirés. J’ai mal à mon genou droit (ma tentinite récurrente). Je m’avance en boitant vers la salle des fêtes du village qui se trouve derrière, ouvre la porte et me retrouve dans une fourmilière de gens activés à faire des centaines sandwichs, couper des tonnes d’oranges, préparer des milliers de carrés de chocolats, des palettes de packs d’eau, ils sont une centaine à se remuer dans tous les sens. « hum, hum, y a quelqu’un pour le ravitaillement dehors ? » Arrêt. Silence. Toutes les têtes se retournent vers moi. Un ange passe. « On est l’avant-garde. Les premiers coureurs sont là dans ¼ d’heure ». Reprise de l’activité immédiate. On nous sort de quoi nous sustenter, les sandwichs arrivent, la flotte surgit. Davaï, davaï !! La meute arrive !!

J’attaque la côte de Tiergues avec une certaine appréhension. Je suis avec Jean-Luc. Christophe et Thierry nous passent devant et s’éloignent en poussant. Je pousse tant que je peux. Mes muscles répondent. Chaque mètre de gagné est une victoire pour moi. Je passe le virage où l’an dernier j’étais en pleur de douleur (cf récit Millau 2009). Je passe donc ce virage en poussant. Na ! Bien fait pour lui. Je me suis vengé de ce qu’il m’a fait subir l’an dernier.  Je finis par m’arrêter, je n’insiste pas les cuisses me font mal. Jean-Luc part rejoindre les deux compères. Moi tranquille, je m’étire, puis repars en marchant. Toujours pas de crampes à l’horizon. Je reste circonspect voire étonné. Mais, je ne vais quand même pas me plaindre. Je reprends la poussée et rejoints mes camarades au sommet de la côte. 4h35’. Mon meilleurs temps et ma meilleure forme à ce niveau. On ne s’arrête pas au ravito et nous fonçons directement vers St Affrique. 10 petites minutes de bonheur allongé sur la bécane à plus de 60 Km/h (68Km/h). On se lance dans  une course. Recherche de vitesse, prise d’aspiration, dépassements, presque de la formule 1 !! Je passe Thierry et Jean-Luc, Christophe bien plus lourd reste devant moi. Profitant d’un ralentissement, je le double et mène la course jusqu’au moment où après m’avoir pris l’aspiration, il me repasse avec quasi 10km/h d’écart. Impressionnant la différence, une fusée !! Je le redoublerai sur un freinage (je suis un fourbe) et nous rentrons ensemble dans St Affrique pour un  arrêt ravitaillement bien mérité.4h45. Il me faut prendre des forces pour la remontée. Mes jambes ont l’air correctes, mais je ne crie pas victoire. D’autant que le premier est à 15’ derrière nous. Si je dois remonter en marchant les 6Km, il peut me doubler comme l’an dernier.


Le retour

Après avoir fais le plein de pâté et autres roqueforts, agrémenté de chocolat et bananes sèches, j’attaque le retour. Je marche la première partie (1Km environ) celle-ci  n’étant pas « poussable ». Sauf pour mes trois compères qui eux s’éloignent. En début de côtes les gendarmes rigolent « Alors vous faites moins les malins maintenant !! ». Je me retrouve tout seul. Les muscles me font mal mais pas de sensations de crampes. Je peux maintenir un 5,5 Km/h pendant un bon moment. Je croise le premier coureur, puis le second. Un grand coucou à mes potes de la voiture Chrono. A partir de maintenant, je croise la file des premiers. J’ai du spectacle. On se fait des saluts, Ils m’encouragent !! Paradoxal non ? Ils en bavent mille fois plus que moi et m’encouragent… Je reprends la poussée et tiens un bon 12km/h jusqu’au sommet où m’attendent mes camarades.5h35’ au chrono. La forme est au rendez vous. Pendant mon ravitaillement je dois répondre aux caméras de France3. Interview surprise. Le premier coureur passe. Mes compères sont repartis. Après avoir fais mon devoir médiatique le ventre plein et bien reposé, je repars à bloc. Dans la descente de Tiergues, je croise l’habituelle file des coureurs. Je suis au niveau de ceux qui sont dans les 10h. Je descends assez vite car la file est bien ordonnée en face. Je reprends la longue route monotone vers Creissel et profite du faux plat descendant maintenant. Je me cale sur 20Km/h de croisière, le nez dans le guidon comme on dit. Salut aux coureurs que je connais. On s’appelle, on se souhaite bon courage. Mes trois compagnons sont sûrement loin devant profitant eux aussi de cette belle route. Apparemment nous avons tous la forme cette année. Quand je pense que j’aurai pratiquement poussé tout Tiergues dans les deux sens et sans crampes…

Arrêt ravitaillement avant la dernière côte. Dans la salle des fêtes, un monde fou. Le buffet est pris d’assaut, les tables de massages sont toutes prisent. Les Masseurs Kiné et autres podologues travaillent à bloc. Je suis anonyme dans la foule des coureurs, ça change de ne pas répondre aux questions. Je suis fatigué mais le moral est bon. Je prends une belle poignée d’abricots secs, de toasts au  roquefort, de bananes sèches, enfourne tout ça dans ma bouche. Je prends mon temps pour m’étirer et au moment de repartir, Thierry et Jean-Luc surgissent. En fait ils étaient derrière moi. Je les ai doublés dans la descente de Tiergues, ils s’étaient arrêtés pour discuter avec Sébastien et m’ont vu passer comme une flèche. Je repars. « Vous me rattraperez dans la côte, je vais la marcher un moment ».

Ils me rattrapent donc et nous montons ladite côte moitié marchant, moitié poussant. Des cyclistes équipés de machines de luxes et plus sponsorisés que les équipiers du pro-tour nous doublent nous lançant un truc genre «ça sert à quoi d’avoir une petite roue pour pas avancer ? » Thierry (vexé ?) les prend immédiatement en chasse. Il en a encore  sous le pied l’animal. On est en pleine côte quand même ! Il sprinte et les rattrape, puis à leur niveau leur lance « A quoi ça sert d’avoir des vitesses si c’est pour se trainer comme çà ? ». Ils accélèrent et disparaissent. Vexés à leur tour. Au loin derrière nous le premier coureur surgit. La voiture Chrono vient à mes cotés. Je  lance au conducteur et son co-pilote : « ha quand même, qu’est ce que vous foutiez ? » Rires de leur part. « Mais tu marches bien cette année dis donc !! ». En effet, j’ai ½ heure d’avance sur mon record. On arrive au sommet tous les trois prêts à se lancer dans la célèbre descente des records. Le viaduc au dessus de nous nous domine de toute son impressionnante hauteur. On se sent tout petit. Thierry n’a pas envie de s’arracher dans la descente, Jean-Luc non plus, ils descendront « normal » (un bon 60 quand même). Je me cale sur le guidon, coince le cadre entre mes jambes et lâche les watts. Le vent file dans mes oreilles, ca va vite, très vite. La bécane est stable, merci Mr Vierriko, vous avez conçu une belle bête. Je croise les coureurs et cyclistes à toute allure. J’ai l’impression d’être une fusée. Je calcule ma distance de freinage avant le rond point final. J’ai intérêt à bien calculer, sinon, en voulant battre mon record de vitesse, je battrai celui de plus-longue-distance-en vol-plané-sans-toucher-le-sol-lancé-par-un-Kickbike… Top, c’est décidé. Je me relève bien droit pour profiter du frein moteur que représente ma surface face au vent, freine fort. Je regarde le GPS : 73,6 Km/h. Record Battu !!

Le final sur Millau se fait tranquillement. Les coureurs que je croise maintenant sont la plupart des marcheurs. Je pousse même le dernier petit « coup-de-cul »  Les crampes ne sont pas là. J’accélère même sur le dernier kilomètre. Je regarde mon temps. Je vais essayer de rester sous les 7h05’. J’entre dans le Parc de la victoire et lance un sprint pour le final. Faut bien du spectacle pour le public non ? J’ai ai encore en réserve. Lâchons tous, je dégaze. Je passe la ligne sous les acclamations de la foule en délire (heu … en fait j’allais tellement vite qu’ils ne se sont rendu compte de rien… mais si je ne flatte pas mon égo, personne ne le fera alors j’en profite, hé, hé) en délire disais-je, en 7h04’15’’ !!

Tous mes records (vitesse pure et temps) sont battus. Grande journée !!


Luc finira la course en 4h10. Moi qui pensait que passer la barre des 5h était impossible à atteindre, je reste sans voix, puisque celle des 4h est franchissable… d’autant qu’il n’avait aucun ravitaillement et qu’il s’est perdu dans St Affrique. Carole elle, casse les 6h en 5h59’. Christophe termine en 6h30. Thierry et Jean-Luc juste après moi en 7h10 et Jeff en 7h50.

jeudi 5 août 2010

Championnats de Monde. Italie





Jeudi 5 août

Nous sommes arrivés hier soir avec les filles. Il a plu à partir d’une heure du mat. Éclairs, tonnerre, grosse pluie, bref, le pied sous la tente. De plus, à 5h alors que je pensais m’endormir, 3 coqs se mettent à annoncer le levé du jour. Je mets le nez hors de la tente, sous la pluie. Il fait froid. Brrr. Et dire qu’on doit avoir une épreuve de sprint cet aprèm… Toute la bande est là. Philippe avec sa file est venu de Frontignan. Son camion trône au milieu de notre campement avec son drapeau français géant. Thierry est venu avec Femme et enfant armée de sa superbe BCS et de sa Gravity de descente qui fera le bonheur d’un Américain qui voulait en acheter 12 ! Voilà pour le Team-Trotbike dont je fais partie. Les Lyonnais sont là avec Christophe notre grand gourou venu avec femme et meute d’enfant, Seb également en famille, Josselin qui lui carrément vient avec son bébé Clara. Le plus jeune concurrent du plateau ? Jeff viendra le sur lendemain avec madame pour participer au 37Km. En attendant il bosse lui. Et pour finir Luc et Carol nos deux champions qui sont là pour mettre à mal la suprématie nordique.

24 français composent donc notre village gaulois.


La pluie va durer encore toute la matinée. L’organisation est confiante pour l’après-midi. Après tout ils sont chez eux, mais moi les gros nuages noirs je ne les voyais pas partir.

Hé ben si. Ils sont partis ! Ils nous ont laissés tranquille à partir de 12h. On déjeune tôt et l’on part vers le stade.

On commence par l’épreuve de sprint. Elle se situe sur une piste d’athlétisme. Le jeu est simple : Départ arrêté, et un tour de piste de 400m. Il y a déjà un public nombreux. Mon résultat sera de 55’49. Je me classe 21/26 (vétérans homme). Le meilleur de la série des vétérans sera Hannu en 46’87. Nous passons un par un toute les 30’’ de manière à attendre le moins possibles (130 compétiteurs quand même). Sur les 26, les 16 premiers sont sélectionnés pour les ¼ de finales. Là, c’est un duel. Les concurrents partent 4 par 4, le dernier est éliminé.  Très impressionnants. On est aux premières loges pour assister à des runs mémorables et apprécier les différentes montes des machines ainsi que les techniques de poussée. Comme à Lyon, les 3 quart des machines sont des Kickbike, suivent quelques BCS (nous sommes en Italie), des Ketam, Kotska et prototypes à grandes roues. Il y a même une KBike, modèle tchèque à roue de 12 pouces piloté par un Slovaque (Il ira plus vite que moi le bougre, comme quoi la taille des roues …).

Puis viennent les Demi-finales et finales. Ces deux dernières épreuves seront après le repas servit sur place (bizarre non ?). Il est 20h et je m’endors à table. Mes filles idem. Manon s’est « arrachée » en signant un chrono de 59’’ et Lou a fait 4 tours de pistes à fond. Elles sont épuisées. Tant pis pour les dernières courses, je ramène ma troupe, une bonne douche (au milieu d’une nuée de moustiques !!) et nous filons au lit, je suis mort de fatigue. La nuit et la discutions des coqs du matin m’ont détruit. 




Vendredi 6 Août

5h, le coq prévient ses potes « hé les gars, c’est le matin !! » « Quoi ? » « C’est le matin ! » « Je préviens Giovanni, hé gio !, c’est le matin ! » « quoi ? » etc … Bref, les coqs cocoricotent à bloc et moi à défaut de posséder une arme à feu afin d’assurer le repas de midi (coqs au vin), je me lève. Lentement surgissent des tentes mes compagnons d’infortunes. La matinée se passe en papotage, essais des machines, modifications en vue des courses et commentaires de celle de la veille. On rencontre nos homologues étrangers et partageons nos expériences.

Nous nous déplaçons vers le sud à une dizaine de km de notre camp de base. Le « Continental Circus » des Trots envahi le petit village de Strambino. Ici, nous aurons les 15 Km et l’épreuve tant attendue et redoutée : le Relai. Manon participant aux 15 Km, je lui laisse la KB Racer et j’équipe ma Xh en route. Roue slick à l’avant, fourche bloquée en position basse, roue de 18 pouces de KB à l’arrière. Le frein arrière ne pouvant pas passer, je le sacrifie pour l’épreuve. J’ai un super frein avant, ça devrait faire l’affaire. Je pars donc avec une machine presque aussi basse qu’un KB normal, mais avec quelques kg en plus. Pas grave. Pour prendre en main la nouvelle configuration de mon destrier et « chauffer » un peu Manon, nous nous baladons dans la vieille ville. Typiquement Italie profonde : Petite rue pavés, arrières cours avec le linge qui pend aux fenêtres, une église ou une chapelle dans chaque rue et au détour d’une impasse une magnifique demeure avec grille en fer et statue de lions en pierre pour garder l’entrée. On se croirait dans le film « Le parrain » de Coppolla. On s’attend à ce qu’une Limousine transportant le clan Corléone surgisse de derrière l’imposant portail.





Le départ est donné sur la place de l’église principale sur des pavés. En première ligne sont placés les élites(dont Luc), derrière c’est le bon peuple (moi et mes potes), puis vienne les filles. Top c’est parti ! Nous attaquons par une route plate et droite de 2,5km. Comme d’hab je suis immédiatement dans les 5 derniers. Devant ça cravache sévère, je les vois s’éloigner de plus en plus. Décidément nous ne sommes pas de la même planète.

Je pars sur mon rythme habituel, il fait très chaud mais j’ai connu pire. On sort de la grande route par une petite côte dans un village. Je double deux ou trois concurrents dans la côte. Certains ont déjà mis pied-à-terre. C’est vrai que ça monte velu !  Nous attaquons ensuite une petite route dans la campagne vallonnée. Pas mal d’ombre, ça tourne beaucoup, ça monte, ça descend, cette promenade bucolique va durer 4,5km. Enfin je dis bucolique, c’est pour le paysage parce qu’à l’intérieur de la course, on a très chaud. Je pense à m’hydrater régulièrement. J’aime la chaleur, j’espère qu’elle va m’aider à éliminer la concurrence. Dès le début de la portion, je rattrape Philippe qui est en train littéralement d’exploser. En le doublant lentement il me dit qu’il n’en peut plus, qu’il arrête… (Il se reposera à l’ombre et repartira quelques minutes plus tard plus frais). C’est le moment où les premières féminines me doublent à fond. Je les entends se rapprocher en tapant le sol. C’est hallucinant de les voir passer comme ça. Carole est à la poursuite des premières. Elle suit leur rythme. La ballade et le paysage sont sympas. De jolies maisons typiques jalonnent le parcours, à chaque carrefour ou au sommet d’une côte, une foule est présente pour nous encourager. Et c’est vrai que dans une côte où les gens vous hurlent « Forza, Forza !! », on se sent pousser des ailes. Je commence à rattraper Christophe, je me rapproche de lui à chaque bosse. Il se retourne souvent et maintient son avance. Il a bien vu qu’il était pourchassé. Mais les premières descentes arrivent à je ne peux pas lutter avec 20 Kg d’écart…

Une ligne droite de plusieurs kilomètres en descente va sonner le glas de ma poursuite. Christophe disparaît à vive allure au loin, je ne le reverrai jamais. Je me fais doubler par tous les « lourds » que j’ai passés dans les côtes. Allongé sur le guidon à plus de 50 Km/h, je me fais doubler régulièrement. J’enrage : « C’est trop injuste !!, c’est leur poids qui les faits gagner, pas leur physique !! c’est dégueulasse !! » Avec mes 65 Kg, qu’est ce que tu veux que je fasse… Je n’ai pas assez marqué l’écart dans les premières côtes, je le paye maintenant. Comme ce concurrent de 120 Kg qui a marché toutes les côtes et me double maintenant comme une fusée. Revenu sur le plat, je reprends ma poussée alors que lui est encore sur l’inertie et continu sur son élan. Je finis par le rattraper, il reste dans ma roue. Avec son surpoids, et mon physique de fondeur, je devrais le pourrir sur le plat !! Sauf que, dans  les 120 KG, il y a aussi du muscle, et son ventre proéminent de buveur de bière cache trois poumons et deux cœurs. Ce gars à une « caisse » énorme et lentement il va se détacher, je le vois disparaître au loin, je ne peux pas revenir. Impossible d’aller plus vite. Je ne suis pas mécontent coté musculaire, je n’ai aucune crampe. Pas l’ombre d’un début. J’ai ma tendinite au genou droit qui commence à se réveiller. La douleur ne me gène pas trop pour la poussée. Par contre après course se sera très douloureux. En attendant je rentre dans le village et je regarde ma fourche. Elle paraît bizarre… Toujours bloquée mais on dirait qu’elle est plus haute ! Depuis un moment elle est remontée lentement ! Diantre ! Je pousse en position haute, tu m’étonnes que je fatigue ! J’arrête et replonge en bloquant l’avant. Je regagne 3cm. C’est beaucoup mieux ! Je repars et franchis la ligne d’arrivée sous les hourras du fan club de l’équipe de France et de la foule massée là.


Les données GPS à l’arrivée sont : 14,9km de trajet. Durée 42’09, Vitesse max : 57,2. Moyenne 21,02.

Je me classe 23/26 en vétéran homme et 94/120 au général.

Manon en 48’30 à 19,174 de moyenne.(4/5 en cadette et 117/120 au général)

Le premier (Kai Immonen) finira en 30’05 à 29,94 de moyenne !!


Le relais :

Disons le tout net, c’est un truc de fou. Le circuit est une boucle de 500mètres composée comme suit : Départ en descente 100 mètres à -10%, puis demi tour par un long virage à droite, remontée de la précédente descente (donc 100m à +10%), léger plat d’une cinquantaine de mètres, long virage à droite sur les pavés (ça gliiiisssseeeeeuuuu !!!), on passe l’arrivée et on replonge dans la descente, etc… Le changement de pilote (3 par équipe) se fait sur le plat juste en haut de la côte. L’exercice va s’avérer extrêmement épuisant. Les changements étant libre, nous avons opté pour 2 ou 3 tours chacun, de toute façon le relayeur se tenant prêt au cas où au premier tour le collègue est épuisé…


Je démarre les hostilités, nous sommes 19 pousseurs qui partent à fond. Ca pousse très fort. Je fais deux tours mais dès le début du deuxième je suis mort, plus de jus. La côte est horrible à monter, je me fais doubler par des cinglés qui sprintent comme des malades. Imaginez la chose suivante : Vous courrez à fond 1’30 (mais vraiment à bloc hein ?, pas d’histoire, je parle là de sprint ! le genre de truc où il vaut mieux ne pas avoir de cardio sinon il va bipper une alarme tout le long), vous vous arrêtez 2’30 et vous recommencez le tout pendant une demi-heure. Un bon petit exercice de fractionné. Au bout d’un certain temps, on arrive plus à récupérer et on repart à fond alors que le cœur n’est pas encore descendu de l’effort précédent. Envi de vomir, plus de souffle, épuisement, voilà ce qu’on vit. Je n’ai jamais rien fait d’aussi difficile. Les tours s’enchaînent, on finit par ne plus réfléchir, le cerveau passe en automatique. Sur un passage de relais j’ai tout à coup l’impression d’avoir raté le relais précédent et d’avoir tourné deux fois en oubliant Thierry… Les tours s’enchaînent à une vitesse folle.



Thierry surgit de la côte épuisé, je me lance en courant en évitant les concurrents qui sont en train de passer le relais. On zigzague, on slalome en sprint… Thierry me tend la bécane, je la saisis en courant et relance le sprint, le tout à 25/30Km/h. Ne pas tomber, surtout ne pas tomber ni percuter quelqu’un. La foule est compacte autour de nous, les autres relayeurs font aussi la même chose. C’est la partie la plus délicate du parcours. Ensuite sous les encouragements de clan gaulois, je repars à fond, fais le tour de la place (la roue arrière glisse légèrement dans le virage) et me lance dans la descente allongé sur la potence. Arrivé en bas il faut négocier le virage entre deux plaques d’égouts traites. Un concurrent hollandais va se vautrer grave, l’ambulance interviendra. Nous le verrons le soir les deux bras en écharpe et le menton complètement bandé. Puis la côte à pousser à fond avant de surgir sur les pavés où m’attend Philippe. Là je saute de la machine et tout en courant je la tiens par la potence, lui donne, et dès qu’il est dessus, je le pousse de toute mes forces pour l’aider à se lancer. Puis je repars me mettre en position pour attendre Thierry 2’30’’ plus tard, etc …

Nous finissons 16/19 complètement épuisé devant la deuxième équipe française.


L’Endurance le Dimanche 9 Août

L’épreuve reine, celle qui va clôturer ces trois jours. 37 Km à faire sur une boucle de 3,7km. Dès que le premier finit ses dix tours, la course s’arrête et on finit le tour en cours.

Les 120 Trotteurs sont alignés sur la large avenue. Les motards d’ouvertures sont en place ainsi que le public venu nombreux. Ici c’est un sport national. L’ambiance est différente de chez nous où nous passons pour des gentils cinglés. En Italie nous sommes des sportifs respectés.

Départ à bloc bien entendu. Nous grimpons la première côte plein pot (240m de long  pour14m de dénivelé) et prenons une petite route qui serpente et ondule autour d’un lac. Il y a pleins de côtes et de descentes. On revient au départ par la grande avenue et on recommence. Je boucle le premier tour en 9’38’’ (23,04 de moyenne). J’attaque le deuxième tour mais un gros coup de fatigue me prend. Je tente de faire bonne figure mais je n’ai plus de jus. Je suis parti trop vite. Je boucle le deuxième tour en 10’30’’(21,13). Pendant le troisième tour la forme revient. Je sens que je peu pousser plus fort dans les côtes. Je cherche à bien récupérer dans toutes les descentes. Je choisis les trajectoires aux petits oignons et vise les portions d’ombres dès que je peux. La chaleur est plus facile à supporter. Le troisième tour est bouclé en 10’42’’ (20,72). Pour le ravitaillement, je me suis organisé avec Manon. Si j’ai besoin de quelque chose je lui demande en passant et elle me le prépare pour le tour d’après. Je maintiens l‘allure dans le quatrième en 10’32’’(21,05) et le 5ème en 10’33’’(21,01). Difficile de faire plus régulier non ? D’autant que je n’ai pas de compteur. Ces chiffres je les ais récupérés après l’arrivée. Dès le 6ème tour, une Australienne me rattrape et me double. Je m’accroche et la remonte,  la double. Elle reste dans ma roue, profite d’un moment de faiblesse et me redouble. A mon tour de profiter fourbement d’un intérieur de virage et sur un petit sprint je repasse devant. Nous allons jouer à ce petit jeu pendant trois tours. Je finis par la lâcher à la dernière côte, mais sur la fin elle me recolle. Le 7ème tour sera le plus lent en 11’15’’(19,72) car les élites passent comme des fous. Kai et sa bandes de poursuivants nous ont déjà mit deux tours dans la vue (je parle pour moi et l’australienne). On se fait doubler sans arrêt. Comme ils jouent la gagne, pas d’obstruction de notre part, on leur laisse les meilleures trajectoires. On se pousse pour les laisser passer en les encourageant.

Dernière ligne droite. Le tour d’avant Thijza (arbitre officiel) m’a annoncée « Last Lap ! ». On se présente avec l’Australienne au début de l’Avenue. 200m plus loin, on devine la ligne d’arrivée au milieu de la foule (Vu le monde présent, on se croirait à l’arrivée d’une étape du tour). Je regarde ma compagne et lui lance « Last sprint together ? are you ok ? » « _yeah ! » «_ ok, you decide » Elle hurle un « Now ! » tonitruant et lâche les watts. Je fais de même et nous partons en apnée le long de l’avenue comme des cinglés. Nous doublons même une Italienne qui nous avait doublés avant le départ du sprint. Elle relâchait la pression quelques mètres avant de franchir la ligne et s’est vue pourrir par deux fusées au dernier moment. Un peu vexée quand même la minette…le dernier tour se fera en 10’46’’ (20,59)





Je boucle 8 tours. Je me classe 84/112 au général et 22/27 en vétéran en 1h24’38 soit 20,98 de moyenne.

Kai (bien entendu) finit premier en 1h14’49 en 29,66 de moyenne.

Au final pour l’Eurocup, je passe à la 56ème position (sur 117). Manon 2ème sur 5.
Au classement fil de l’eau depuis 2008 je suis 89/193.