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jeudi 5 août 2010

Championnats de Monde. Italie





Jeudi 5 août

Nous sommes arrivés hier soir avec les filles. Il a plu à partir d’une heure du mat. Éclairs, tonnerre, grosse pluie, bref, le pied sous la tente. De plus, à 5h alors que je pensais m’endormir, 3 coqs se mettent à annoncer le levé du jour. Je mets le nez hors de la tente, sous la pluie. Il fait froid. Brrr. Et dire qu’on doit avoir une épreuve de sprint cet aprèm… Toute la bande est là. Philippe avec sa file est venu de Frontignan. Son camion trône au milieu de notre campement avec son drapeau français géant. Thierry est venu avec Femme et enfant armée de sa superbe BCS et de sa Gravity de descente qui fera le bonheur d’un Américain qui voulait en acheter 12 ! Voilà pour le Team-Trotbike dont je fais partie. Les Lyonnais sont là avec Christophe notre grand gourou venu avec femme et meute d’enfant, Seb également en famille, Josselin qui lui carrément vient avec son bébé Clara. Le plus jeune concurrent du plateau ? Jeff viendra le sur lendemain avec madame pour participer au 37Km. En attendant il bosse lui. Et pour finir Luc et Carol nos deux champions qui sont là pour mettre à mal la suprématie nordique.

24 français composent donc notre village gaulois.


La pluie va durer encore toute la matinée. L’organisation est confiante pour l’après-midi. Après tout ils sont chez eux, mais moi les gros nuages noirs je ne les voyais pas partir.

Hé ben si. Ils sont partis ! Ils nous ont laissés tranquille à partir de 12h. On déjeune tôt et l’on part vers le stade.

On commence par l’épreuve de sprint. Elle se situe sur une piste d’athlétisme. Le jeu est simple : Départ arrêté, et un tour de piste de 400m. Il y a déjà un public nombreux. Mon résultat sera de 55’49. Je me classe 21/26 (vétérans homme). Le meilleur de la série des vétérans sera Hannu en 46’87. Nous passons un par un toute les 30’’ de manière à attendre le moins possibles (130 compétiteurs quand même). Sur les 26, les 16 premiers sont sélectionnés pour les ¼ de finales. Là, c’est un duel. Les concurrents partent 4 par 4, le dernier est éliminé.  Très impressionnants. On est aux premières loges pour assister à des runs mémorables et apprécier les différentes montes des machines ainsi que les techniques de poussée. Comme à Lyon, les 3 quart des machines sont des Kickbike, suivent quelques BCS (nous sommes en Italie), des Ketam, Kotska et prototypes à grandes roues. Il y a même une KBike, modèle tchèque à roue de 12 pouces piloté par un Slovaque (Il ira plus vite que moi le bougre, comme quoi la taille des roues …).

Puis viennent les Demi-finales et finales. Ces deux dernières épreuves seront après le repas servit sur place (bizarre non ?). Il est 20h et je m’endors à table. Mes filles idem. Manon s’est « arrachée » en signant un chrono de 59’’ et Lou a fait 4 tours de pistes à fond. Elles sont épuisées. Tant pis pour les dernières courses, je ramène ma troupe, une bonne douche (au milieu d’une nuée de moustiques !!) et nous filons au lit, je suis mort de fatigue. La nuit et la discutions des coqs du matin m’ont détruit. 




Vendredi 6 Août

5h, le coq prévient ses potes « hé les gars, c’est le matin !! » « Quoi ? » « C’est le matin ! » « Je préviens Giovanni, hé gio !, c’est le matin ! » « quoi ? » etc … Bref, les coqs cocoricotent à bloc et moi à défaut de posséder une arme à feu afin d’assurer le repas de midi (coqs au vin), je me lève. Lentement surgissent des tentes mes compagnons d’infortunes. La matinée se passe en papotage, essais des machines, modifications en vue des courses et commentaires de celle de la veille. On rencontre nos homologues étrangers et partageons nos expériences.

Nous nous déplaçons vers le sud à une dizaine de km de notre camp de base. Le « Continental Circus » des Trots envahi le petit village de Strambino. Ici, nous aurons les 15 Km et l’épreuve tant attendue et redoutée : le Relai. Manon participant aux 15 Km, je lui laisse la KB Racer et j’équipe ma Xh en route. Roue slick à l’avant, fourche bloquée en position basse, roue de 18 pouces de KB à l’arrière. Le frein arrière ne pouvant pas passer, je le sacrifie pour l’épreuve. J’ai un super frein avant, ça devrait faire l’affaire. Je pars donc avec une machine presque aussi basse qu’un KB normal, mais avec quelques kg en plus. Pas grave. Pour prendre en main la nouvelle configuration de mon destrier et « chauffer » un peu Manon, nous nous baladons dans la vieille ville. Typiquement Italie profonde : Petite rue pavés, arrières cours avec le linge qui pend aux fenêtres, une église ou une chapelle dans chaque rue et au détour d’une impasse une magnifique demeure avec grille en fer et statue de lions en pierre pour garder l’entrée. On se croirait dans le film « Le parrain » de Coppolla. On s’attend à ce qu’une Limousine transportant le clan Corléone surgisse de derrière l’imposant portail.





Le départ est donné sur la place de l’église principale sur des pavés. En première ligne sont placés les élites(dont Luc), derrière c’est le bon peuple (moi et mes potes), puis vienne les filles. Top c’est parti ! Nous attaquons par une route plate et droite de 2,5km. Comme d’hab je suis immédiatement dans les 5 derniers. Devant ça cravache sévère, je les vois s’éloigner de plus en plus. Décidément nous ne sommes pas de la même planète.

Je pars sur mon rythme habituel, il fait très chaud mais j’ai connu pire. On sort de la grande route par une petite côte dans un village. Je double deux ou trois concurrents dans la côte. Certains ont déjà mis pied-à-terre. C’est vrai que ça monte velu !  Nous attaquons ensuite une petite route dans la campagne vallonnée. Pas mal d’ombre, ça tourne beaucoup, ça monte, ça descend, cette promenade bucolique va durer 4,5km. Enfin je dis bucolique, c’est pour le paysage parce qu’à l’intérieur de la course, on a très chaud. Je pense à m’hydrater régulièrement. J’aime la chaleur, j’espère qu’elle va m’aider à éliminer la concurrence. Dès le début de la portion, je rattrape Philippe qui est en train littéralement d’exploser. En le doublant lentement il me dit qu’il n’en peut plus, qu’il arrête… (Il se reposera à l’ombre et repartira quelques minutes plus tard plus frais). C’est le moment où les premières féminines me doublent à fond. Je les entends se rapprocher en tapant le sol. C’est hallucinant de les voir passer comme ça. Carole est à la poursuite des premières. Elle suit leur rythme. La ballade et le paysage sont sympas. De jolies maisons typiques jalonnent le parcours, à chaque carrefour ou au sommet d’une côte, une foule est présente pour nous encourager. Et c’est vrai que dans une côte où les gens vous hurlent « Forza, Forza !! », on se sent pousser des ailes. Je commence à rattraper Christophe, je me rapproche de lui à chaque bosse. Il se retourne souvent et maintient son avance. Il a bien vu qu’il était pourchassé. Mais les premières descentes arrivent à je ne peux pas lutter avec 20 Kg d’écart…

Une ligne droite de plusieurs kilomètres en descente va sonner le glas de ma poursuite. Christophe disparaît à vive allure au loin, je ne le reverrai jamais. Je me fais doubler par tous les « lourds » que j’ai passés dans les côtes. Allongé sur le guidon à plus de 50 Km/h, je me fais doubler régulièrement. J’enrage : « C’est trop injuste !!, c’est leur poids qui les faits gagner, pas leur physique !! c’est dégueulasse !! » Avec mes 65 Kg, qu’est ce que tu veux que je fasse… Je n’ai pas assez marqué l’écart dans les premières côtes, je le paye maintenant. Comme ce concurrent de 120 Kg qui a marché toutes les côtes et me double maintenant comme une fusée. Revenu sur le plat, je reprends ma poussée alors que lui est encore sur l’inertie et continu sur son élan. Je finis par le rattraper, il reste dans ma roue. Avec son surpoids, et mon physique de fondeur, je devrais le pourrir sur le plat !! Sauf que, dans  les 120 KG, il y a aussi du muscle, et son ventre proéminent de buveur de bière cache trois poumons et deux cœurs. Ce gars à une « caisse » énorme et lentement il va se détacher, je le vois disparaître au loin, je ne peux pas revenir. Impossible d’aller plus vite. Je ne suis pas mécontent coté musculaire, je n’ai aucune crampe. Pas l’ombre d’un début. J’ai ma tendinite au genou droit qui commence à se réveiller. La douleur ne me gène pas trop pour la poussée. Par contre après course se sera très douloureux. En attendant je rentre dans le village et je regarde ma fourche. Elle paraît bizarre… Toujours bloquée mais on dirait qu’elle est plus haute ! Depuis un moment elle est remontée lentement ! Diantre ! Je pousse en position haute, tu m’étonnes que je fatigue ! J’arrête et replonge en bloquant l’avant. Je regagne 3cm. C’est beaucoup mieux ! Je repars et franchis la ligne d’arrivée sous les hourras du fan club de l’équipe de France et de la foule massée là.


Les données GPS à l’arrivée sont : 14,9km de trajet. Durée 42’09, Vitesse max : 57,2. Moyenne 21,02.

Je me classe 23/26 en vétéran homme et 94/120 au général.

Manon en 48’30 à 19,174 de moyenne.(4/5 en cadette et 117/120 au général)

Le premier (Kai Immonen) finira en 30’05 à 29,94 de moyenne !!


Le relais :

Disons le tout net, c’est un truc de fou. Le circuit est une boucle de 500mètres composée comme suit : Départ en descente 100 mètres à -10%, puis demi tour par un long virage à droite, remontée de la précédente descente (donc 100m à +10%), léger plat d’une cinquantaine de mètres, long virage à droite sur les pavés (ça gliiiisssseeeeeuuuu !!!), on passe l’arrivée et on replonge dans la descente, etc… Le changement de pilote (3 par équipe) se fait sur le plat juste en haut de la côte. L’exercice va s’avérer extrêmement épuisant. Les changements étant libre, nous avons opté pour 2 ou 3 tours chacun, de toute façon le relayeur se tenant prêt au cas où au premier tour le collègue est épuisé…


Je démarre les hostilités, nous sommes 19 pousseurs qui partent à fond. Ca pousse très fort. Je fais deux tours mais dès le début du deuxième je suis mort, plus de jus. La côte est horrible à monter, je me fais doubler par des cinglés qui sprintent comme des malades. Imaginez la chose suivante : Vous courrez à fond 1’30 (mais vraiment à bloc hein ?, pas d’histoire, je parle là de sprint ! le genre de truc où il vaut mieux ne pas avoir de cardio sinon il va bipper une alarme tout le long), vous vous arrêtez 2’30 et vous recommencez le tout pendant une demi-heure. Un bon petit exercice de fractionné. Au bout d’un certain temps, on arrive plus à récupérer et on repart à fond alors que le cœur n’est pas encore descendu de l’effort précédent. Envi de vomir, plus de souffle, épuisement, voilà ce qu’on vit. Je n’ai jamais rien fait d’aussi difficile. Les tours s’enchaînent, on finit par ne plus réfléchir, le cerveau passe en automatique. Sur un passage de relais j’ai tout à coup l’impression d’avoir raté le relais précédent et d’avoir tourné deux fois en oubliant Thierry… Les tours s’enchaînent à une vitesse folle.



Thierry surgit de la côte épuisé, je me lance en courant en évitant les concurrents qui sont en train de passer le relais. On zigzague, on slalome en sprint… Thierry me tend la bécane, je la saisis en courant et relance le sprint, le tout à 25/30Km/h. Ne pas tomber, surtout ne pas tomber ni percuter quelqu’un. La foule est compacte autour de nous, les autres relayeurs font aussi la même chose. C’est la partie la plus délicate du parcours. Ensuite sous les encouragements de clan gaulois, je repars à fond, fais le tour de la place (la roue arrière glisse légèrement dans le virage) et me lance dans la descente allongé sur la potence. Arrivé en bas il faut négocier le virage entre deux plaques d’égouts traites. Un concurrent hollandais va se vautrer grave, l’ambulance interviendra. Nous le verrons le soir les deux bras en écharpe et le menton complètement bandé. Puis la côte à pousser à fond avant de surgir sur les pavés où m’attend Philippe. Là je saute de la machine et tout en courant je la tiens par la potence, lui donne, et dès qu’il est dessus, je le pousse de toute mes forces pour l’aider à se lancer. Puis je repars me mettre en position pour attendre Thierry 2’30’’ plus tard, etc …

Nous finissons 16/19 complètement épuisé devant la deuxième équipe française.


L’Endurance le Dimanche 9 Août

L’épreuve reine, celle qui va clôturer ces trois jours. 37 Km à faire sur une boucle de 3,7km. Dès que le premier finit ses dix tours, la course s’arrête et on finit le tour en cours.

Les 120 Trotteurs sont alignés sur la large avenue. Les motards d’ouvertures sont en place ainsi que le public venu nombreux. Ici c’est un sport national. L’ambiance est différente de chez nous où nous passons pour des gentils cinglés. En Italie nous sommes des sportifs respectés.

Départ à bloc bien entendu. Nous grimpons la première côte plein pot (240m de long  pour14m de dénivelé) et prenons une petite route qui serpente et ondule autour d’un lac. Il y a pleins de côtes et de descentes. On revient au départ par la grande avenue et on recommence. Je boucle le premier tour en 9’38’’ (23,04 de moyenne). J’attaque le deuxième tour mais un gros coup de fatigue me prend. Je tente de faire bonne figure mais je n’ai plus de jus. Je suis parti trop vite. Je boucle le deuxième tour en 10’30’’(21,13). Pendant le troisième tour la forme revient. Je sens que je peu pousser plus fort dans les côtes. Je cherche à bien récupérer dans toutes les descentes. Je choisis les trajectoires aux petits oignons et vise les portions d’ombres dès que je peux. La chaleur est plus facile à supporter. Le troisième tour est bouclé en 10’42’’ (20,72). Pour le ravitaillement, je me suis organisé avec Manon. Si j’ai besoin de quelque chose je lui demande en passant et elle me le prépare pour le tour d’après. Je maintiens l‘allure dans le quatrième en 10’32’’(21,05) et le 5ème en 10’33’’(21,01). Difficile de faire plus régulier non ? D’autant que je n’ai pas de compteur. Ces chiffres je les ais récupérés après l’arrivée. Dès le 6ème tour, une Australienne me rattrape et me double. Je m’accroche et la remonte,  la double. Elle reste dans ma roue, profite d’un moment de faiblesse et me redouble. A mon tour de profiter fourbement d’un intérieur de virage et sur un petit sprint je repasse devant. Nous allons jouer à ce petit jeu pendant trois tours. Je finis par la lâcher à la dernière côte, mais sur la fin elle me recolle. Le 7ème tour sera le plus lent en 11’15’’(19,72) car les élites passent comme des fous. Kai et sa bandes de poursuivants nous ont déjà mit deux tours dans la vue (je parle pour moi et l’australienne). On se fait doubler sans arrêt. Comme ils jouent la gagne, pas d’obstruction de notre part, on leur laisse les meilleures trajectoires. On se pousse pour les laisser passer en les encourageant.

Dernière ligne droite. Le tour d’avant Thijza (arbitre officiel) m’a annoncée « Last Lap ! ». On se présente avec l’Australienne au début de l’Avenue. 200m plus loin, on devine la ligne d’arrivée au milieu de la foule (Vu le monde présent, on se croirait à l’arrivée d’une étape du tour). Je regarde ma compagne et lui lance « Last sprint together ? are you ok ? » « _yeah ! » «_ ok, you decide » Elle hurle un « Now ! » tonitruant et lâche les watts. Je fais de même et nous partons en apnée le long de l’avenue comme des cinglés. Nous doublons même une Italienne qui nous avait doublés avant le départ du sprint. Elle relâchait la pression quelques mètres avant de franchir la ligne et s’est vue pourrir par deux fusées au dernier moment. Un peu vexée quand même la minette…le dernier tour se fera en 10’46’’ (20,59)





Je boucle 8 tours. Je me classe 84/112 au général et 22/27 en vétéran en 1h24’38 soit 20,98 de moyenne.

Kai (bien entendu) finit premier en 1h14’49 en 29,66 de moyenne.

Au final pour l’Eurocup, je passe à la 56ème position (sur 117). Manon 2ème sur 5.
Au classement fil de l’eau depuis 2008 je suis 89/193.        




samedi 8 mai 2010

Championnats de France. Lyon


8 Mai Samedi après midi : 10Km.


La première épreuve de ce championnat s’annonce rude. Vu le niveau du plateau des coureurs présents, ça va être du lourd voire du très lourd. Les meilleurs tournent autour de 20’ sur cette distance. Reste le parcours qui sera sélectif. Pleins de virages, une toute petite côte avec virage à 45° dans la terre (dure) avant le sprint final. Parcours ludique et non ennuyeux. Il faudra être technique et choisir ses trajectoires. La boucle fait 2,5Km et sera faite 4 fois. Nous avons des puces électroniques qui nous donnerons toutes les statistiques possibles et inimaginable sur notre course. C’est Thijza, Commissaire officielle de la IKSA qui s’occupe de la prise et de la validation des temps. Pour cette épreuve j’utiliserai une superbe BCS prêtée par Sébastien (Dexter). En effet les enfants faisant la course avec nous, je laisse ma Race Max à Manon. Lou aura sa Free Ride. Les enfants feront le nombre de tour qu’ils veulent. Le matin les champions ont repérés le parcours. Chaque partie est analysée pour étudier les relances, les poussées, sur quel pied, etc… on est dans un autre monde… Ils sont déjà impressionnants. Nous sommes 44 au départ. Les nationalités représentées sont : 14 FR, 10IT, 10NL, 5DE, 2CZ, 2SK. Certains ont fait 3000 Km pour le week-end !

Le départ est énorme. Tout le monde part en sprint et en 100 mètres, les positions sont déjà établies. Je suis le mouvement en poussant comme un fou mais malgré mon sprint les premiers sont déjà loin. Pour eux, ce n’est pas de l’endurance. Pourvu que je ne me crame pas sur le premier tour… Je continue à pousser fort et boucle mon tour en 6’33, moyenne 22,87 pendant que le premier le bouclait en 5’30 moyenne 27,20.

Je maintiens ma pression sur le second tour. Les places sont maintenant stables. Devant moi au loin je vois Fabrice. Je l’ai en ligne de mire. Derrière moi, il y a bagarre entre Carole et Ivana (CZ). J’arrive à maintenir l’écart d’une dizaine de mètre entre elles et moi. Fabrice est trop loin mais l’écart avec lui a l’air de se maintenir. Passage au troisième tour en 6’59’’ moyenne 21,47. Je commence à fatiguer. Je suis à fond depuis plus de 10 minutes et l’énergie baisse, pourtant il me faut tenir. Le troisième tour est tactique. Surveiller l’arrière sans arrêt pour anticiper la remonter des filles, et avoir Fabrice dans le viseur pour ne pas le laisser partir. Chaque virage est maintenant négocié aux petits oignons. La trajectoire doit être parfaite, les changements de pieds aussi (on pousse à l’intérieur du virage pour une relance plus puissante). Les changements de pieds sont maintenant instinctifs. Fin du troisième tour en 7’09’’ moyenne 20,93. Carole vient juste de décrocher Ivana et se lance à ma poursuite. Je l’ai toujours dix mètres derrière moi.

                Je dois me reprendre au dernier tour et accélérer. Ce que je fais. Je lance toutes mes forces dans la bataille. Mais Carole elle aussi fait la même chose. Ivana est définitivement décrochée, Carole se rapproche. Dernier virage. Prêt pour le sprint final. J’arrête de pousser, me laisse glisser, laissant revenir Carole à mon niveau et   lui lance « On se le finit ensemble et que le meilleur gagne ? » « _D’accord ! ». Nous nous lançons dans un sprint monumental où je donne absolument tout ce que j’ai dans le ventre. Elle pareil. Nous passons la ligne ensemble. Photo finish, c’est la puce électronique qui nous départage. Elle me bat de quelques 100ème … Je finis ce Tour en 6’53’’ moyenne 21,78. Temps total 27’39’’469 (415 pour Carole !!)

Résultat 23/40 au général 4/15 français, 10/13 vétéran général, ¾ vétéran français.

Je gagne 12 points à l’Eurocup.


Relais : 3x2,5Km


Une heure après l’arrivée des 10Km, nous repartons pour un Relais. Nous formons une équipe de trois coureurs qui vont se partager une machine. A chaque tour (3 donc) le passage de relais (de la machine) se fera au niveau de la zone du chrono. Fabrice, Thierry et moi formons le « Team-Trotbike». Nous nous entraînons pour le passage de la machine en faisans quelques passages « à blanc ». Nous sommes prêts. 10 équipes sont en course. Je partirai en tête et passerai le relais à Fabrice. La machine choisit est la BCS que j’ai utilisée pour le 10Km.

Départ encore explosif, pire que ce matin puisque chaque coureur n’effectue qu’un tour (6’ à la louche). Je pars donc à fond et me retrouve en quatrième position. Je maintiens cette position coûte que coûte et surgit au passage du relais toujours 4ème. En plein sprint je saute de la machine du coté droit et tout en courant je la tiens par la potence de la main gauche. Voilà pour moi. Fabrice lui est parti en sprint (ancien sprinteur à pied) pour se retrouver en quelques mètres à ma vitesse et à mon niveau. Il saisit la machine que je lui tends, saute dessus et repars à fond. Le passage fut parfait. Pendant son tour, il passe en troisième position puis revient en quatrième et en cinquième place. Le passage de relais avec Thierry sera catastrophique. Est-ce Fabrice qui manque son passage ? Thierry qui rate la prise ? Trop de différence de vitesse entre les deux ? Tout est allé très vite. La machine fait un travers en les deux coureurs, Thierry manque de tomber et doit s’arrêter pour éviter la chute. Il repart à fond en gueulant comme un veau. La chute est évitée, mais de précieuses secondes ont été perdues. Heureusement (pour nous) le relais des coureurs suivant est tout aussi mauvais ce qui nous permet de conserver notre position. Thierry maintiens la cinquième place jusqu’au bout.

Résultat : 5/10.


9 Mai Dimanche matin : 40Km


Le parcours est ¾ Terre roulante ¼ bitume parfait. Il s’agit d’une boucle de 10 Km autour du lac de Miribel Jonage à faire 4 fois. Il y a beaucoup de virages, de terre glissante, de petites bosses, bref c’est un parcours exigeant physiquement et techniquement. Très peu de dénivelé mais plein de relances et il faut faire attention aux glissades. Surtout si on est équipé en slicks (c’est mon cas) et qu’on est « raz-moquette ».

Les épreuves de la veille m’ont laissés des traces physiquement. J’ai  mal partout. La nuit précédente j’ai dormis trois heures. J’avais l’adrénaline qui fonctionnait encore et ça m’a maintenu réveillé. Mais coté « énergie » je me sens bien. Comment mes jambes vont-elles réagir ? Je reprends ma Race Max qui est beaucoup plus basse et plus légère que la BCS d’hier. Il va falloir assurer plus de deux heures d’efforts sans plages de repos. Je ne suis pas dans une gentille rando avec des VTTistes.

D’entrée, la course se sépare en quatre groupes. Celui de tête où la gagne se joue. Ils partent à fond et le resteront durant les quatre tours à plus de 27 de moyenne! Suivis de ceux qui partent aussi à fond et vont se faire distancer mais vont gérer la course pour gagner des points. Rappelons que nous sommes une des cinq manches de la coupe d’Europe et donc c’est le classement qui compte. Viens ensuite un petit groupe (dont moi) qui est là pour se jauger et assurer le finish. Derrière nous les féminines. Je suis avec Rodolphe et Philippe. Nous partons sur un rythme assez cool mais soutenu  histoire de découvrir le parcours. Celui-ci contourne le lac, les étangs, on admire les oiseaux de toutes sortes (hérons, canards, etc…) Pas mal de gens sont à l’affut avec des supers jumelles, c’est un lieu d’observation privilégié pour la faune. Nous faisons donc une super balade. On aurait presque du mal à croire que nous sommes en train de courir les Championnats de France tant l’ambiance est cool et bucolique !! On est seul tous les trois, les fusées sont très loin devant et nous avons créé un gros écart avec l’arrière. Premier tour en 32’33, moyenne 19,19.

Dès le début du deuxième tour, Philippe, prend son rythme et accélère doucement. Nous continuons de papoter avec Rodolphe. On parle entrainements, mental (la théorie du « grand gouverneur », vous connaissez ?) courses, (la prochaine à Millau) boulot, des trucs perso, bref on rattrape le retard dans nos nouvelles, ça fait 3 ans qu’on ne s’est pas vu. Deuxième tour en 34’ moyenne 17,67.

Nous maintenons notre rythme et continuons notre papotage sur le troisième tour. Là les premières féminine nous rattrapent. On entend frapper le sol et une petite hollandaise (Championne en titre) ainsi que  Carol notre championne française accompagnée d’Ivana nous doublent. Nous restons avec elles quelques kilomètres pour prendre une leçon de poussée. Elles ont l’air totalement décontracté, pas l’impression de forcer outre mesure. La jambe tendue effectue un mouvement de balancier régulier, pas du tout dans l’esprit, je-lève-la-jambe-et-frappe-le-sol. Nous nous mettons à leur rythme et en effet, ce geste est efficace, tout en douceur. Mais malgré tout elles avancent plus vite que nous et lentement sans forcer, elles nous distancent. Nous arrivons sur la fin de notre troisième tour et entendons frapper le sol violement et régulièrement derrière nous. Surgit le champion hollandais qui boucle son dernier tour. Nous roulons à 18-19km/h et il nous passe comme une fusée. Il franchira la ligne en 1h42’ au moment où nous passons notre 3ème tour. En 34’ moyenne 17,96.

Quelques centaines de mètres après le passage de la ligne un coureur hollandais qui avais abandonné sur crevaison arrive plein pot sur une superbe Kickbike Millenium Racer avec roue avant carbonne et nous explique que normalement la course s’arrête dès l’arrivée du premier coureur. Mais si on veut, on peut finir notre tour, à nous de décider. Il fait beau, c’est une belle ballade, on se fout du chrono, on décide avec Rodolphe de terminer sur le même rythme. Le coureur repart prévenir l’organisation. Malgré notre rythme « cool » je commence à fatiguer sérieusement. La diversité du parcours évite la monotonie mais les muscles tirent et la difficulté grandit. Pas de crampes à l’horizon, c’est déjà une bonne chose. Avec Rodolphe, nous ne nous parlons plus. D’ailleurs il reste de plus en plus devant moi et finit par lentement se détacher. J’accélère pour le coller mais la distance grandit de minutes en minutes. Nous passons un Tchèque (le mari de celle qui nous a passée tout à l’heure). Je tente de prendre un gel dans ma sacoche mais je n’y arrive pas. Je m’arrête. Rodolphe file au loin, le Tchèque me repasse. Ma dose avalée, je reprends la route et met un coup d’accélérateur pour repasser mon Tchèque. Je vois Rodolphe au loin lors de petites lignes droites. J’accélère encore pour essayer de le recoller. Je suis tout seul maintenant. Rodolphe est loin devant, le Tchèque loin derrière. Derrière mini difficulté où Sébastien (Dexter) faisant la circulation me hurle « Plus que deux kilomètres !! Débranche ton cerveau et fonce !! ». Bon d’accord. J’accélère et retrouve le bitume de la piste de roller. Je finirai mon dernier tour en sprint puisque j’en ai encore sous le pied. Dernier tour en 34’18’’ moyenne 18,13. Mon temps général est de 2h16’50’’ moyenne 18,188.









Résultat 25/35  au général, 10/13 vétéran général, 7/8 français, ¾ vétéran français.

Je gagne 11 points à l’Eurocup.

Au général pour l’Eurocup, j’ai 23 points et me classe 20/28 pour cette première manche 2010.

dimanche 25 avril 2010

La Saint Affricaine


La journée du 25 Avril s’annonce belle. Le soleil brille, il fait un peu frais, mais on annonce 25°C pour la journée. Nous partons pour 40 Km de tout terrain avec 800 m de dénivelé positif. Près d’un millier de VTTistes sont présent sur les distances 25,40,55,70 et 80 Km. Thierry et moi avons nos Xh « préparées » pour l’occasion. Position hautes, deux portes bidons, une mini sacoche pour les outils sur le haut du cadre, la pompe fixée sur un porte bidon. La machine est lourde et très haute. En tout-terrain j’utilise rarement la position haute sauf si il y a seulement les descentes. Mais ici je ne connais pas le parcours et dans le doute…Mon problème de freinage que j’ai eu lors du « Deval Nore » est réglé, j’ai des freins neuf. En attendant de passer à la technologie disques, ça ira bien.

Nous démarrons par une côte sur la route qui va durer 30’. Je pars trop vite, essaye de pousser trop longtemps, au bout d’un quart d’heure j’ai le cœur à 1253 pulsations qui frappe fort, je sue à gros bouillon, je n’ai plus d’air dans les poumons, bref, je suis en sur-chauffe, il est urgent de faire quelque-chose. Je m’hydrate et repars rapidement en courant lentement à coté de la trot jusqu’au bout de la côte. Par endroit je suis à la vitesse des cyclistes. Au bout d’une demi-heure de cette mise en chauffe, nous entrons enfin sur un chemin. Je peux commencer à pousser un peu, mais dieu que la machine est haute ! Thierry lui aussi trouve que sa machine ressemble à un escabeau sur roue. Chaque poussée nous fait énormément travailler la cuisse d’appuie. Pour le moment, rien ne justifie cette position haute. On se demande si on ne devrait pas baisser nos montures. Le chemin continu de monter, monter, monter. Nous marchons plus que nous poussons. Beurk. Nous arrivons au point haut de cette première partie en 50’ et c’est le ravitaillement. Un monde fou. (950 inscrits…). On prend vite un coca et un truc à grignoter et repartons de plus belle. On vient de doubler une grosse centaine de concurrents, hé, hé, hé. Nous sommes au niveau du village de Tiergues. Ca ne vous dit rien ? Tiergues, C’est la dernière difficulté des 100 Km de Millau. La célèbre et fameuse côte de Tiergues. Nous venons d’effectuer la même chose que le retour de St Affrique vers le sommet de cette côte lors des 100 Km de Millau mais en tout-terrain. La première descente s’avance. Enfin. Mais les pilotes devants nous empêchent d’en profiter. Des enfants, des débutants qui descendent de leurs vélos au moindre caillou (j’exagère à peine). Nous sommes obligés de nous arrêter, laisser du mou devant nous pour finalement les rattraper 2 minutes plus tard. Frustrant. De plus les descentes sont courtes pas techniques et ça remonte de suite. Bou ou … Nous sommes malheureux… Au bout d’une heure, nous sommes sur un plateau magnifique. Arrêt photos. On voit au loin le Larzac. Je devine dans la brume lointaine les falaises autour de mon village. Roquefort est juste derrière. Millau est caché derrière un plateau. Le parcours est un peu vallonné, la forme arrive. C’est bien çà, il nous faut une heure pour être chaud et entrer dans le rythme. Se succède alors courtes descentes faciles et longues montées. Suffisamment pentues pour ne pas pouvoir pousser (marche obligatoire) et larges pistes monotones. On s’y EM-MERDE ! Thierry passe son temps à monter et descendre sa fourche à la main.

2h50. Les premières sensations de crampes font leurs apparitions. Marrant, c’est exactement le même temps qu’à Millau. Thierry aussi commence à avoir quelques sensations musculaires bizarres. Petit arrêt gel anti-crampes, pommade magique et on repart en marchant (puisqu’il y a une côte).

Deuxième ravitaillement à St Jean D’Alcapiès. Beau petit village aveyronnais avec de superbes fermes fortifiées. Nous sommes je le rappelle au cœur du pays des Templiers. Par contre, une sono crachant de la musique est située au ravitaillement. On se croirait dans un centre commercial branché où la musique agresse les oreilles. Je trouve ça insupportable. On est en pleine nature, on ne peut même pas écouter les petits oiseaux. Bande de cons, imbéciles…Et on remonte. Encore et encore. Petites routes, grandes pistes, toujours aussi monotone. Reste le paysage qui est superbe. Nous avons au moins çà et on peut en profiter (et puis là il n’y a plus de musique !). On arrive enfin au second point haut du parcours. 600m d’altitude. A partir de maintenant il ne devrait y avoir que de la descente (enfin …sur le papier ! parce qu’en réalité …). Mais pour chaque petite descente de 30 secondes, on enchaîne une côte de 5 minutes. Bou, hou, hou ! Alors parfois, une longue piste se profile devant nous et durant 2 ou trois longues minutes ont peut enfin se lâcher. Leurs largeurs nous permettent de doubler les débutants studieux et prudents qui descendent en freinant à bloc. Nous sommes aussi à bloc mais sans les freins. Sachant qu’on anticipe la côte qui suit, nous devons prendre un max de vitesse. Alors c’est allongé sur la machine à fond sur le chemin. J’atteins les 47,7 Km/h au GPS ce qui établit mon record en tout-terrain à ce jour.

Nous revenons au second  ravitaillement. On en a marre, on ne s’arrête pas, on veut rentrer au plus vite, on ne s’amuse pas, mais alors pas du tout. 35 Km au compteur, 3h50 au chrono. Toujours pas de crampes (ça n’est pas avec ce qu’on a poussé qu’on va se faire mal !) C’est finit. Ben oui, parce que ce qui nous ramène au départ est une ancienne voie de chemin de fer transformée en voie verte. Profil légèrement descendant sur 5Km. Il suffit de se lancer à fond, et de laisser glisser. On tient un bon 25Km/h en poussant de temps en temps et encore… Ca va durer un bon quart d’heure durant lequel on effectue des relances à bloc en profitant de la pente dès qu’un VTTiste nous double. On s’amuse à rester à son niveau voire le doubler, comme celui qui nous lance « Et ça va vite comme engin ? » Nous n’avons  pas eu le temps de lui répondre, et il ne nous a jamais rattrapé. Il a eu sa réponse non ?

On arrive à Saint Affrique avec 4h10 à la montre et 39,8 Km au compteur/GPS. Le temps de roulage est de 3h30 et les arrêts sont de 40 minutes. Nous ne sommes même pas fatigués. Pas de crampes à l’horizon. On  rajouterai bien une paire d’heures  à ce rythme. Nous restons un peu sur notre faim. D’ailleurs, en parlant de faim, il n’y avait pas de ravitaillement solide à la fin !!! Que des boissons. Un peu déçu. Nous qui aimons quand on en bave, quand c’est technique, ben là c’étais une gentille ballade pour les enfants. Roulant certes, mais pour les vélos. Bref, ça n’était pas marrant.

On devient peut-être un peu difficile…. ?

samedi 26 septembre 2009

100Km de Millau 3ème


Nouveauté cette année, nous doublons le chiffre des participants dans la catégorie. Un mois avant la course, 6 TBikers ont confirmés leur présence. Florence, Christophe, Fabrice, Dexter, Jeff, Thierry (l’incontournable) et moi devrions être sur la ligne de départ. Ma préparation physique a été nulle cette année (comme d’hab ?) hormis des séances de musculation spécifiques pour les jambes (mes éternels problèmes de crampes).

Pour l’occasion, on me prête une FB Track. Un modèle léger qui devrait m’aider sur une très longue distance. La même que celle utilisée lors des Championnats du Monde VPH en 2006. Nous sommes le 26 Septembre.



Le Marathon

10h ! POUET !! C’est parti !! Nous nous lançons dans un sprint de départ sur plusieurs centaines de mètres histoire d’avoir une avance confortable. Nous avons 2100 coureurs aux trousses … Ceci étant fait, nous pouvons garder un rythme plus ou moins rapide sans avoir à angoisser et regarder trop souvent derrière nous. Nous poussons entre 15 et 20 km/h la première partie. Le 10km en 33’ (rapide pour un 100 !), le semi en 1h13’ (trop rapide aussi à mon goût). Le Marathon sera une belle ballade sportive. La route est toute à nous et nous commençons à prendre de la vitesse sur quelques descentes. Les quelques côtes sont poussées en pleine bourre. Il fait beau, par endroit un peu frais, température idéale. Nous profitons du paysage magnifique des Gorges de la Jonte. La rivière coule au bas de la route et au dessus les falaises nous dominent offrant leurs façades au soleil.  Ici c’est un des hauts lieux de l’escalade dans la région.  Je passe le semi en tête avec Thierry en sprintant la petite côte. Les trottinettes offrent le spectacle. Sept Footbikes ensemble, ça a de la gueule !!

Arrivée au Marathon en 2h36’. Le passage de la ligne se fera en sprint entre Dexter et moi. Comme quoi on en a encore dans les pattes !! Mais il nous manque Jeff. Introuvable. Florence et Fabrice qui était dernier nous ont rejoints sans le doubler.  Est-il passé dans la 15ème dimension ? Nous prévenons l’organisation qu’il nous rejoigne ou nous attende au choix.


Deuxième boucle

Après un bon ravitaillement, nous repartons pour la deuxième boucle. Le premier coureur vient de passer (en 2h45 au marathon !! et il part pour 60km de plus …). A la sortie de Millau, nous le doublons, il vient de craquer et s’est arrêté accroupis sur la route…

La côte de Creissel. Première grosse difficulté. Les deux dernières fois, c’est là où les crampes sont survenues et cette fois ci pas d’exception à la règle. Dès que je mets pied à terre, ça commence. Tous les autres sont loin devant. La dernière du groupe de tête (Florence) disparaît à l’horizon en marchant. Je me retrouve tout seul. La chaleur commence à s’installer. Il est presque 13h. J’atteints péniblement le sommet. Chrono : 3h. Le premier vient de me passer. En haut, personne de ma bande, ils ont dû foncer comme des fous dans la descente qui suit. Je m’y attelle et profite de la longue descente pour friser les 60 Km/h et reposer mes muscles. Allongé sur l’avant de la Trot, le vent siffle dans mon casque et je repasse le premier comme une flèche.

Je rejoins Dexter et Florence sur un ravitaillement. Nous sommes sur une large nationale déserte qui rejoint St Rome. Nous roulons de front tous les trois pendant plusieurs kilomètres. Je recommence à avoir mal à chaque poussée, mais je tiens le coup. On ne va pas trop vite. Dexter nous raconte l’Ultra Trail du Mont Blanc, le Marathon des sables. Je rappelle que ce mec « vaut » 1h37’ au marathon en trottinette !!

On attaque la célèbre et redoutable côte de Tiergues. Dexter file en poussant suivie par Florence qui met pied à terre. Je les vois au loin. Je pousse un peu mais rapidement je m’arrête et me met à marcher. Tout à coup, une douleur fulgurante me transperce la cuisse gauche. Une crampe monstrueuse, puis même chose à droite. Les adducteurs s’y mettent, puis les ischio. Ma jambe droite est bloquée je ne peux plus la plier. C’est horrible. Je ne peu pas bouger, j’ai trop mal. Même à l’arrêt j’ai l’impression que les muscles gonflent tellement qu’ils vont s’arracher de la jambe.

Accroupi sur le guidon de la trottinette, je pleure en serrant les dents. J’ai mal. Je ne peux plus bouger. Dieu que j’ai mal … La route est déserte, il fait une chaleur de plomb. J’enrage. J’ai l’énergie, le souffle, ce sont les muscles qui lâchent. Je ne sais pas si c’est de rage ou de souffrance que je pleure. Une voiture de gendarmerie arrive et s’arrête. Le gendarme sort et viens vers moi. « Monsieur, ça va ? » Je lève la tête « non, mais ça va passer, ce sont des crampes ». « Vous voulez pas venir avec nous ? » « Non, merci ça va aller, j’attend que ça passe, merci ». Il s’en va. Je prends un gel anti-crampes de plus, je bois, je m’arrose. Je me suis arrêté à l’ombre. Je pense à l’abandon. Après tout je pourrai faire demi-tour ici. Non, je serre les dents, je respire à fond et enclenche le processus mental : Je suis le plus fort ! Je passe outre la douleur. Je me donne un objectif. Le sommet de la côte. Je dois arriver au sommet. Si j’atteints le sommet à quatre pâtes et en souffrant le martyr, j’abandonne. Promis. Je n’irai pas plus loin. J’aviserai là haut. Je repars doucement, ça se calme. J’arrive finalement à marcher sans trop avoir mal. C’est étrange comme crampes. Elles vont et viennent. Montent en puissance puis repartent. Un coureur (le troisième) arrive seul derrière moi. J’ai beau être à l’agonie, je lui propose ma gourde d’eau qu’il accepte bien volontiers, sa femme qui le suit à vélo est loin derrière. « Je te la laisserai au bord de la route ». Il boit sans s’arrêter. Je récupère ma gourde et arrive enfin au ravitaillement du sommet. Les deux premiers concurrents sont déjà dans la descente. Je prends un coca et repars rapidement. J’ai 6 km de descente devant moi, je me reposerai en bas. Afin de calmer mes muscles je descends sans trop de recherche de vitesse. J’oscille entre 50 et 60 km/h pendant presque 10 minutes. J’essai de ne pas plier les jambes pour que les muscles ne soient pas sollicités outre mesures. Je croise Christophe et Fabrice qui sont presque au sommet puis Dexter, Thierry et Florence au bas de la côte. J’arrive enfin à St Affrique.



Le retour

St Affrique : 5h de course dans les pattes. Je refais le plein d’eau, prend un bon ravitaillement et  réattaque à la côte. D’emblée je me mets à marcher, la pente est trop dure. Je me suis préparé mentalement. Je sais que ça va durer près de 6 km et qu’avec mes crampes je cours un gros risque. Mais je compte sur le repos de la descente pour faire son effet. Je m’hydrate sans arrêt. Sur la nuque, les jambes. Je marche aussi en fonction. Doucement. 4 km/h au compteur. Les concurrents commencent à arriver en face. Je salut je coureur à qui j’ai passé ma gourde tout à l’heure. Sa femme est revenue. Grand signe de la main de sa part. Le pick-up d’ouverture arrive lentement à mon niveau. Le premier coureur pointe son nez. Le pick-up reste un petit moment avec moi, je discute avec les chauffeurs. Le fait de discuter de choses et d’autres me fait oublier mes jambes. Le premier me passe avec sa « cour ». Une dizaine de vélos sont avec lui. Il disparaît lentement au loin pendant que je continu à marcher lentement. La pente diminue et je tente une poussée, puis deux, puis trois. C’est reparti, je me relance enfin entre 10 et 12 km/h sans forcer sur mes muscles. Une sorte de poussée à l’économie. J’arrive à diminuer mon retard sur le premier. Je reviens lentement. Je finis par le dépasser lors d’un effort intense. J’en bave vraiment mais ma machine (le corps humain) fonctionne parfaitement. Je remonte à 15 km/h. Le sommet de la côte arrive enfin. 5h40’. Dès mon arrêt, les crampes reviennent. Je me repose un peu, tente des étirements mains cela ne sert à rien les muscles sont complètements étirés et endoloris. Chaque tentative d’étirement se solde par un déclenchement de crampes sur l’autre jambe. Mais je sais maintenant que les 15 prochains kilomètres seront en descente. Je vais reposer les muscles pour la dernière côte. Le premier viens de passer (avec un salut du pick-up J). Je descends la côte de Tiergues en me souvenant du moment que j’ai passé tout à l’heure. Maintenant il y a un monde fou. Ca monte, ça monte. Je redouble mon ami le pick-up « Je suis encore là !! » Rires des chauffeurs. Au bas de la côte je vois tout à coup Thierry assis au bord de la route, roue démontée, pneu dans la main, il a crevé à l’arrière. Il se bat avec une rustine qui a décidée de jouer les rebelles. Je décide de continuer et de l’attendre sous le viaduc. S’il ne peut pas me rejoindre, il m’appellera et je reviendrai le chercher en voiture. Je reprends la longue route monotone qui me mène en bas de la dernière difficulté. Je reprends ma marche forcée sous le soleil qui tape fort. Il est presque 17h. Je fais attention à la manière dont je marche et les crampes ne se déclenchent pas. Les quelques kilomètres passés sans trop pousser m’ont fait du bien.


7h de course. Sommet de la côte de Creissel sous le Viaduc. Je rejoints le groupe avec le premier concurrent qui me double juste avant le sommet. Ils m’attendent depuis un bon moment déjà. Dexter a déjà filé pour rejoindre l’arrivée. Il fait très chaud. Jeff a réapparu, il s’était perdu à un croisement pendant le marathon. Comme quoi je ne suis pas le seul à rater les virages (voir toutes les courses précédentes !!). Comme j’ai décidé d’attendre Thierry, je dis au groupe qu’ils peuvent filer vers l’arrivée. J’en profite pour me ravitailler et me reposer. Je reste là assis, un peu hagard en regardant les gens qui montent la côte en marchant. Ils sont seulement au 50ème kilomètre et il est 17h. Ils en ont autant à faire. Hallucinant. Thierry arrive au bout de dix minutes. Son pneu arrière se dégonfle sans arrêt il doit remettre de l’air tous le temps. Nous nous lançons dans la célèbre descendre des records. 1,2 km à 7% tout droit. Thierry, vu son pneu arrière ne préfère pas foncer, quant à moi, je passe à coté de deux cyclistes habillés façon tour de France (c’est fou comme les amateurs ont plus de sponsors sur leurs maillots que les vrai pros …). « Dis donc ton truc ça doit être plus facile en descente qu’en montée non ? » « Aouaip ! Asseyez de me rattraper pour voir !! » Je me cale le torse sur le guidon, la tête au dessus de la roue avant, les genoux coincent le cadre et je file dans la pente. Ils ne me rattraperont pas. 71,8 km/h, mon record n’est pas battu, mais j’ai eu une grosse montée d’adrénaline pendant quelques minutes. En effet la Fb Track est trop légère pour ce genre d’exercice. La stabilité n’était pas vraiment au rendez vous et la fourche droite entamait un guidonnage pas rassurant. Il m’a fallu serrer le guidon de toutes mes forces pour maintenir la machine en ligne.

J’attends Thierry au sommet de la petite côte qui suit et nous terminons les 5 derniers kilomètres doucement avec « arrêt-gonflette-pneu » nécessaire. L’entrée dans Millau est terrible, j’ai des crampes qui se déclenchent à chaque mouvement de jambe. C’est très douloureux. Je sais que je vais finir, mais impossible d’accélérer. Km99 nous apercevons au loin le pick-up d’ouverture de course. Quoi, serait-il possible de le rejoindre pour au moins finir avec le premier ? Nous accélérons un peu et finissons par arriver à la porte du parc en même temps que le premier concurrent. Pendant qu’il monte la grande allée où se trouve le finish, nous monterons une contre allée en parallèle. Pendant que nous poussons Thierry et moi côte à côte, je vois le gagnant entouré des enfants de l’école d’athlétisme qui monte vers sa victoire en même temps que nous. Nous passerons la ligne (fictive pour nous) en même temps. 7h50’ !!

Par rapport à l’an dernier, j’ai le même temps de roulage (6h50’). La différence se fait par les temps d’arrêts. Plus d’une heure cette année contre 45’ l’an dernier. Mais de toute manière je sais maintenant que je « vaut » 6h50’. Dans l’absolu, si je fonçais sans m’arrêter, je ferai ce temps. Le but de l’entraînement pour le futur sera de réduire les temps d’arrêts en conservant ces 6h50’. Me rapprocher des 7h. Dexter quant à lui pense que la barre des 5h est cassable … gulp !

Allez, à l’année prochaine …



Ps : Je me rendrais compte le lendemain en rangeant mon sac que j’avais avec moi une bombe anti-crevaison au cas où …. Dois-je le dire à Thierry au risque de me faire maudire ?

samedi 12 septembre 2009

Saint Mamert du Gard.


Un petit 12 kilomètres tout-terrain en trottinette roulant afin de se mettre en jambe pour Millau. Voyons voir où j’en suis physiquement.

D’abord, une chaleur suffocante. 31°C, soleil légèrement couvert. L’organisme va être mit à rude épreuve. D’autant que 12 Km, c’est plutôt court. Pas le temps de jouer à la gestion longue distance, ça va être explosif.

Et justement, ce le fut ….

170 coureurs présents pour cette première course. Quelques « pointures » dont un qui a finit 3ème au Triathlon d’Embrun. C’est dire le niveau. Gulp ! D’ailleurs on le voit au physique des coureurs. Sur les visages, la musculature, l’équipement, pas de frime : de l’efficacité, du brut, du terrible. Ils sont là pour tout arracher. Moi mon rôle sera d’ouvrir la course et si possible rester devant. Je dis bien si possible.

Le terrain est une petite boucle dans le village de 400 mètres, puis une grande boucle de 11,8 km dans la campagne. Le terrain est à 99% du large chemin forestier (une voiture y passe), 5% de goudron (Départ-arrivée). Pour l’occasion, c’est la Xh qui me servira de monture. L’arrière est en position basse puisque c’est roulant.

C’est parti. Posté quelques dizaines de mètres devant la meute je pars à fond. Derrière aussi, les premiers vont être très rapides, il me faut tenir la distance. Je profite de la première descente pour reprendre mon souffle après le sprint, mais un petit mur m’oblige à sauter de la machine et courir pour le passer, je resaute sur ma trot et repars en descente. La distance est maintenue. Je prends un peu d’avance. Nous voilà sur la terre. Le chemin est large, je peux pousser à mon aise. Je suis sur un bon rythme, mais le premier me remonte. Il court quasiment aussi vite que je pousse !! J’accélère pour maintenir mon avance quand arrive la première côte. Une longue montée impossible à poussée. Trop caillouteuse, trop pentue. Je mets pied à terre (bon en même temps, j’en ai toujours un de pied à terre …) et me met à courir. Et là … asphyxie !! L’air ne passe plus dans mes poumons. Le peu qui y passe est bouillant. Je suis dans un four. J’ai l’impression que le circuit de refroidissement est bloqué. Ma température interne est en train de grimper, le coup de chaud. Bon sang, ça n’est pas le moment !! Nous sommes à la 9ème minute. Vite je bois, je me verse de l’eau sur la nuque, le visage, je respire lentement et met  à marcher. Les coureurs me doublent, je sens que ça va mieux. L’alerte est passée. Au sommet après quelques minutes, je peux reprendre la poussée calmement. « Vas-y  passe cent bornard ! » me lance un coureur alors que je le double. J’ai mis mon tee-shirt des 100Km de Millau. Je suis reconnu par la famille des « cents-bornards ». En bas d’une petite descente où je reprends des places h Le premier ravitaillement. Je prends un coca et repars sur du plat. Je vais pousser tranquillement le temps que la forme revienne. Passage du Km5 en 18’.Je roule à l’allure des coureurs. Je suis avec le 4ème et le 5ème. Je les repasse jusqu’à la côte d’après où h  Rebelotte !! Là je ne cherche même pas à courir. Je marche à grand pas en m’hydratant. Le plat revient, je redouble ceux qui m’ont doublé dans la côte. On va jouer à ce petit jeu jusqu’au Km 8 c'est-à-dire au deuxième ravitaillement. Là je m’arrête une minute pour mon coca et manger un abricot sec. La dernière côte fut éprouvante sous la chaleur. Je vois passer quelques coureurs. Je repars pour le final. Une grande descente bien pentue surgit, je peux laisser aller la Xh et profiter du coté « Fun » de la glisse. La fourche fait merveilleusement son travail avalant les trous et les cailloux,  je reste concentré sur le pilotage,  ça va très vite. Je passe le Km10 en 38’. Tout le final est en profil descendant sur les chemins. Je prends enfin de la vitesse et peu doubler tous les concurrents qui m’ont passés lors du dernier ravitaillement. On entre dans le village où un mur m’attend. Au sommet la foule bien sûr. C’est la dernière difficulté. Normalement elle devrait être impoussable, du fait de la pente mais je suis chaud, on est sur le goudron, y a du public, en avant en sprint deux coups de chaque cotés, je la pousse à l’agonie pendant qu’un coureur me double …. Arrivé en haut je n’ai plus de poumons, mon cœur bat à 568 impulsions. Dernières descentes, je double le fourbe qui m’a passé dans le dernier mur et finit  en sprint h 43’40. Le premier est arrivé en 40’. Sans commentaires ….

Je suis séché ….


dimanche 12 juillet 2009

Vendargues - Cornus









12 Juillet. J’ai les épaules en feu. Mal aux pieds, aux mollets, aux cuisses, aux fesses, je suis fa-ti-gué. Je n’en peux plus. Mais qu’est ce que je fais là ? Je marche, pousse porte ma bécane depuis 3 heures. Je suis au bord de l’abandon. Mais qu’est ce que je fais là ? Je regarde ma carte. J’ai à peine fais la moitié de cette côte qui n’en finit pas. Une heure que je marche en poussant ma trottinette. J’ai mal partout. Mes reins me font souffrir, j’ai le dos en compote. Chaque pas me fait mal sous la plante des pieds. Et ce p… de sac qui pèse une tonne. Je n’y arriverai jamais. Je regarde le sommet, je vois les voitures loin, loin… il faut que je monte encore tout çà ? Je dois m’arrêter, me reposer et attendre que ça passe. Allez hop, ravitaillement obligatoire et pause à durée indéterminée sinon je craque.  Comment j’en suis arrivé là ?

La veille, départ de  Vendargues  à 7h30. Je rejoins  StMathieu-de-Trévier  par de longues pistes sous les pins, peu de marche. C’est très roulant. La température est correcte. Très agréable. Le porté du sac est déconcertant. Lourd aussi. Je me demande dès le début comment je vais tenir longtemps. Je découvre une nouvelle difficulté à chaque poussée : Relever le poids du corps sur la jambe d’appui avec 12 kg en plus. Pourtant j’ai pris le minimum, mais c’est encore trop lourd. Tente, sac de couchage, matelas, affaires de rechange, outils, la bouffe pour deux jours, les outils en cas de casse, le GPS, téléphone, appareil photo et mon portefeuille. Voilà ce que donne 12 Kg. Y’en a en trop… mais où ? D’autant que même en position basse ma Xh reste un modèle de hauteur, rien à voir avec le Racer de chez Kickbike. J’accumule donc les difficultés. Dès le départ je commence à avoir les cuisses et les mollets qui font actes de présence. Vite un gel anti-crampes et ne pas forcer. J’ai deux jours à tenir moi !!

J’arrive au pied du Pic St Lou. Je commence l‘ascension mais 5 minutes me suffisent à voir que c’est impossible. Portage obligatoire. Zut, je ne vais pas commencer par porter tout de même je suis venu pour pousser moi !! Demi tour et je prends une petite route qui contourne le Pic par le sud, vers 11h j’arrive à un village désert qui dort sous un soleil de plomb. Pas une âme qui vive. Village fantôme dont toutes les maisons sont proprettes et neuves. Etrange ambiance. Décor de cinéma où on attend les techniciens et acteurs? Je refais le plein d’eau et me ravitaille. Un peu de fraîcheur avant d’attaquer une route où il n’y aura pas d’ombre pendant plusieurs kilomètres. Une petite route de campagne droite qui n’en finit pas. On se croirait aux Etats Unis, une succession de lignes droites parfaite qui montent et descendent par vagues. Monotonie, monotonie. Sur ce genre de route, tu déconnectes ton esprit de la réalité et tu le laisses partir à sa guise. Je chante, me fais des films. Le temps passe plus vite Le soleil commence à taper fort. Je m’hydrate sans arrêt et finit par arriver à Viol-le-fort. 12h45, arrêt déjeuner.

Le GPS me donne :

Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
40
41,2
3h45
10,9
1h35
7,6

                J’avale une bière d’un trait tellement j’ai soif. Après mon repas je plonge du nez, une petite sieste d’un quart d’heure à l’ombre.13h30 je repars frais et dispo. Il fait chaud et j’aime ça. J’ai relevé une piste sur les crêtes qui devrait me mener vers St-Guilhem le Désert mon étape du soir. Je prends donc cette piste en m’arrêtant souvent pour vérifier sur ma carte. Au début tout va bien, puis lentement le chemin ne suit pas la carte. La piste est pourrie, elle a l’air d’avoir été tracée il y a peu de temps. Impossible de rester sur la bécane en descente, je frôle le trial. Les montée et descentes sont courtes et violentes, ça touche partout. Je vérifie sur la carte, impossible, je ne suis pas sur la bonne piste. Je ne la « sens » pas cette piste, demi tour. Décidemment, la deuxième fois depuis ce matin !! Bon, nouveau plan B je reprend la route vers St-Guilhem. Je repère plus loin un autre chemin qui passe par une chapelle notée sur la carte comme curiosité. Enfin, je peux reprendre une belle piste roulante avec quelques descentes rapides. Je peux m’amuser. Une pause ravitaillement à la dite chapelle, à la fraîcheur des arbres. Je n’ai plus qu’une idée, foncer vers l’Hérault où je pourrai me baigner prêt du Pont du Diable. En effet, la piste rejoint directement une plage le long de la rivière. 16h, j’y arrive après être passé par un chemin à profil descendant à traver les vignes. Imaginez un peu la tête des touristes qui ont vu arriver un cinglé avec un sac à dos gigantesque sur une trottinette…. Je me désape et plouf !! Rhâââ …Lovely !! Je revis …. J’ai tellement faim que je sacrifie mon repas du soir à la place de  mon goûter. Pour mon quatre-heure je me tape donc une salade de nouilles .Tant pis, je mangerai au resto à St-Guilhem. Après ce rafraîchissement je reprends la route pour la fin d’étape de la journée. Là, après avoir avalé mon habituel demi cul-sec, je prends deux heures de repos complet. Après une grosse salade de crudités, je m’avance pour chercher un coin pour planter ma tente. Il est 19h30. La température est idéale. J’attaque la montée du cirque de l‘Infernet par le chemin de St Jacques de Compostelle. Une trottinette en pèlerinage ! C’est sûrement une première mondiale. J’ai devant moi 3Km de grimpette à 10% par un petit sentier où je dois régulièrement porter la trottinette pour passer les obstacles. A pied on ne s’en rendrait pas compte, mais là gulp ! Je monte doucement en cherchant un endroit où dormir. Je finis par trouver une avancée de rocher au dessus des falaises qui m’entourent. Un vaste espace de 1000 m2 environ au dessus du vide. Quelques mètres quarré de plat. L’idéal. Je me pose enfin. Je suis à 200 m au dessus du village de St-Guilhem. Presque au sommet. Au dessus de moi les falaises, autour de moi le vide et le cirque. Plus loin vers l’est je vois tous les plateaux au bout duquel il y a le Pic StLou dont je devine la pointe à l’horizon. C’est grandiose. Il ne manque plus que des chœurs Orthodoxes (les scènes de chasses de Voyage au bout de l’enfer pour les cinéphiles). Quant je pense que certains dépensent des fortunes pour aller au bout de monde et que moi j’ai ce spectacle pour moi tout seul. Le plus beau palace du monde qui m’ait réservé en exclusivité. 21h30 dodo. Se sentir intégré au monde ….. Je me rappelle les paroles de Sylvain Tesson (le voyageur-écrivain) qui parlait de vouloir se faire enterrer au pied d’un arbre afin qu’il puisse nourrir la terre après lui avoir tant pris. La boucle est bouclée. On rend ce qu’on a pris, on fait partie intégrante du même univers. Dans ces moments là on le ressent pleinement.

Le GPS me donne :

Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
66
46,6
6h00
10,8
3h50
6,6



On est en plein zen-attitude, philosophie verte, retour vers la nature et pourtant on regarde encore son GPS. Paradoxe de l’être humain….

Réveil 6h, je tiens à démarrer tôt pour attaquer la suite de l’ascension. La journée d’hier fut chaude, aujourd’hui il est prévu encore plus chaud et  je serai sur les plateaux. Enfer assuré. Il fait tellement sec qu’il n’y a pas une goutte de rosée sur la toile de tente. Moi qui suis habitué aux réveils en haute montagne où tout est trempé, c’est très étrange. 6h30 nu devant les falaises avec le soleil levant qui leur donne une couleur orange/rose, je suis le premier homme sur terre, c’est extraordinaire.

7h00 je reprends ma montée et j’arrive rapidement au sommet. Toujours sur le chemin de St Jacques. Celui ci ondule sur le sommet, je peux enfin pousser. Par endroit je suis dans un tunnel végétal à l’ombre. Pas bête les pèlerins. Le chemin passe par les endroits les plus abrités du soleil. Je vois surgir le Mt St Baudille mon prochain objectif. Il culmine à 800m d’altitude. Je vais le gravir avec le soleil dans le dos. Mais il n’y aura pas d’ombre, le paysage est minéral. Sauf que … une fois encore je me trompe de route. Je suis sur une grande piste forestière qui doit permettre l’accès des pompiers, c’est une autoroute. Je file dans de grandes descentes, quelques côtes à pousser et ça repart en descente, fantastique. Du coup je rate mon intersection et me retrouve plusieurs kilomètres en aval de ce que j’avais prévu. Zut. J’ai alors le choix entre remonter par la route en poussant 3Km puis attaquer le sentier de 4km (450m de D+) en plein soleil ou me laisser glisser jusqu’au village d’Arboras et prendre la route du col du vent. Là se sera 8km à pousser mais à l’ombre. Il ne me reste qu’une gourde d’eau. J’assure et choisit Arboras. Je pourrai y faire le plein d’eau.

Et voilà comment je me retrouve dans cette côte épuisé, démoralisé et tout endolori.

Assis sur un rocher, je regarde les cyclistes passer. Ce col est un haut lieu des « pédalistes » de la région. Ca grimpe en suant sang et eau, ça descend à fond, j’ai mon spectacle. L’arrêt me fait du bien. Après un bon ravitaillement et du repos, le moral revient. Je vais la finir cette côte, en avant. Je reprends ma marche forcée pour vaincre ce col (703m) en 2h20. Je suis enfin sur le Larzac. Je peux pousser sur les quelques kilomètres qui m’amènent à StMartin-La-Vacquerie où je m’affale au « Larzac Café ».

Le GPS donne :

Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
91
51
9h35
9,5
6h12
5,8

Une bière cul sec (comme d’hab !). Le patron du restau  m’a doublé dans la côte. « Ben alors vous estes là ? Chapeau ! » Il me fait une salade composée de crudité modèle « TRex », je n’avais jamais vu un monstre pareil. Je l’avale goulûment. Je reprends des forces et suis prêt à attaquer le final. Quelques kilomètres de routes sous le soleil pour la digestion puis j’arrive à StPierre de la Fage.

Voilà je suis devant mon graal. C’est pour ce genre de piste que je pousse depuis hier matin. Elle est là devant moi serpentant plein nord au milieu de rien. Pratiquement pas de végétation tellement c’est sec. Pas de bruit, même les cigales ont trop chaud. Devant moi une dizaine de kilomètre de vide. Un four où le soleil tape comme sur une enclume. Je repense à Laurence d’Arabie. Va savoir pourquoi. Moi qui rêve du Marathon des sables, je vais en avoir un tout petit aperçu, pas grand chose rien qu’une cacahuète. Je sais que c’est le secteur où je n’aurai pas de plan B. Pas de routes de dégagement. Si j’ai un problème physique ou mécanique, je préfère ne pas penser aux conséquences. Mais ce genre de paysage je m’y sens chez moi. Une partie de mes racines est dans ce désert (l’autre moitié étant chez les vikings). C’est mon terrain de jeux depuis tout petit. Ces causses je les ai traversés en moto d’enduro, puis en 4X4,  puis en VTT puis en courant, par des températures infernales en été et polaire en hiver (on y a noté -20° par endroit). Et je ne parle pas du vent quand il est de la partie. Nico, Thierry et Christian connaissent le coin, ils savent de quoi je parle. Maintenant c’est en  trottinette que je vais m’y frotter. Ce coté désertique a un avantage, je serai capable de couper en hors piste si le besoin s’en fait sentir. Ici on navigue à vue et j’en connais tous les pièges depuis toutes ces années. Il est 14h, il fait 34° à l’ombre, je m’engage dans le four avec excitation. J’ai une pêche énorme, mes trois gourdes pleines. Le Larzac n’a qu’à bien se tenir, j’arrive.

La difficulté sera à la hauteur de mes attentes. J’arrive à pousser pratiquement tout le temps ce qui maintient mon moral. Je ne vais pas vite mais au moins je ne marche pas. Le soleil me mord les bras. J’ai l‘impression littéralement de brûler. Je m’arrose les avant bras, la nuque et les jambes régulièrement. Je bois sans arrêt. Je me sens au top de ma forme, je jubile. Je fais super gaffe et je me régale du paysage. Aucuns signes de faiblesse physique. Je suis en train de réussir mon pari. Au milieu de cette fournaise je me sens dans mon élément. Le plateau me fait alors un cadeau de bienvenue : un léger vent arrière se lève. Que du bonheur je vous dis. J’ai envie de hurler tellement je suis content. Au bout de quelques kilomètres je traverse un hameau vide où surgit un chien pourri tout droit sorti d’un film de Romero « Le retour des chiens zombi ». Cette chose hideuse et moisie se jette sur ma roue arrière pour la mordre. Hé Ho !! Je ne vais quand même pas crever sur morsure ? Un petit sprint  et je le distance. Il n’arrive pas à me suivre le pauvre il suffoque sous la chaleur … Séance photos auprès de menhirs puis après une bonne heure j’arrive enfin au village qui marque la fin du désert. Celui ci accablé par la chaleur est vide. Je cherche un point d’eau. Je pose la bécane et voit un papy dans un jardinet. Lui parlant de l’objet de ma recherche, il me demande d’ou je viens. Quand je lui dis que la nuit dernière j’ai dormi à St-Guilhem, il me regarde avec des yeux ronds.

« Et vous marchez depuis ce matin ? Avec cette chaleur ? » « Mais pourquoi vous faites çà ? C’est un défi ? »

« _Non, non, juste pour voir si c’est possible c’est tout … »

Il reste sans voix et m’indique le robinet du village. Je peux enfin refaire le plein d’eau, j’étais à sec !!

Je reprends la route toujours sous la chaleur qui en plus maintenant est renvoyée par le goudron. Il me reste une vingtaine de kilomètres où je pousserai tranquillement en profitant du moindre faux plat descendant. J’ai toujours la forme, malgré des douleurs aux jambes et au dos. J’arrive à destination à 17h00.

 Au final


Distance
Vitesse Max
Roulage
Moyenne Roulage
Arrêts
Moyenne Globale
125 Km
51 Km/h
12h40
9,9 Km/h
8h
6,1 Km/h


Dénivelé positif cumulé : 2000 m.

Bien entendu dans les 8h d’arrêts ne sont pas comptés la nuit.